Conflit en Ukraine: "On peut craindre le pire, les Russes pourraient vouloir en finir rapidement"

Nicolas Gosset, chercheur au centre d'études de sécurité et défense de l'ISRD, était l'invité de DH Radio ce mercredi matin.

Quarante-neuf jours après l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes, ordonnée le 24 février par Vladimir Poutine, comment évolue le conflit? L'Ukraine est-elle encore en mesure de résister? Pour faire le point sur la question, Maxime Binet recevait Nicolas Gosset, chercheur à l'Institut Royal de Défense, dans l'émission "Il faut qu'on parle" sur DH Radio.

Le spécialiste a tout d'abord abordé la situation à Marioupol, cette ville portuaire du Sud-Est de l'Ukraine, presque totalement aux mains des Russes. "Marioupol, c'est à la fois l'aspect de fixation et le cauchemar de cette guerre", débute Nicolas Gosset. "On sait qu'il y a un drame humanitaire épouvantable qui s'y déroule depuis un mois. C'est une ville qui n'existe plus matériellement, mais dans laquelle nous avons encore des milliers de personnes qui vivent terrées dans des bunkers, des caves...", confirme l'expert.

Les troupes ukrainiennes ont-elles encore une chance de s'en sortir à Marioupol? Selon l'expert, il reste actuellement un dernier bataillon de soldats ukrainiens sur place, mais ces troupes sont retranchées dans une zone industrielle du port de Marioupol, coupées de réapprovisionnement et incapables de repli par la mer. "Donc c'est le dernier bastion qui tient jusqu'à la mort", observe Nicolas Gosset, qui estime que ce bastion de résistance devrait encore se maintenir quelques jours, mais plus pour très longtemps.

Face aux atrocités commises par les troupes russes, par exemple le récent massacre de Boutcha, peut-on parler de génocide? "La qualification ou non de génocide appartient aux juristes, donc je ne vais pas me prononcer là-dessus", tempère Nicolas Gosset. "Mais ce que l'on sait, ce qui est effectif, c'est que l'on a des crimes massifs commis dans toutes les villes ukrainiennes aux mains des russes, et ce, généralement à l'encontre de civils", insiste l'expert, qui estime les pertes civiles ukrainiennes à des dizaines de milliers de morts, les prévisions de l'ONU étant actuellement "sous-évaluées".

Faut-il craindre l'arme chimique?

Certains soldats ukrainiens à Marioupol ont fait part sur les réseaux sociaux d'une attaque à l'arme chimique par les troupes russes. Faut-il croire ces accusations? "Il faut vraiment prendre ça avec précaution. Il ne faut pas dire que c'est impossible, mais ce n'est actuellement pas vérifiable", nuance l'expert. "Les Etats-Unis eux-mêmes disent ne pas être en mesure de vérifier ces déclarations, mais affirment qu'une attaque à l'arme chimique reste hautement probable."

Les troupes russes pourront-elles utiliser cette arme chimique à l'avenir? "On peut craindre le pire au moment où l'étau russe se referma sur les troupes ukrainiennes dans le Donbass. Si la résistance ukrainienne devait vraiment être très solide, les Russes pourraient vouloir en finir rapidement, par des moyens expéditifs (l'arme chimique, ndlr)", met en garde le chercheur, pour qui cette invasion du Donbass par les forces russes est "imminente".

"C'est une question de jours, l'invasion va commencer avant même la confirmation de la chute de Marioupol", prédit le chercheur. "On voit des véhicules et le matériel russes se déplacer le long de la frontière extérieure de l'Ukraine et se diriger en renfort vers les armées déjà présentes dans le Donbass aux côtés des forces séparatistes".

Enfin, une condamnation de Vladimir Poutine par la justice est presque impossible, selon Nicolas Gosset. "A moins du scénario improbable d'une chute du régime russe, et où les autorités qui succéderont à Vladimir Poutine accepteront de le déférer devant la cour pénale, c'est impossible".

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