Mathieu Michel sur le rachat de Twitter par Elon Musk: "Le rôle de l’État, c’est de fixer des limites aux univers privés"

Secrétaire d’État à la Digitalisation, Mathieu Michel est revenu sur le rachat de Twitter par Elon Musk. Dans « Il faut qu’on parle », il fait la balance entre le rôle des entreprises privées et celui de l’état dans la liberté d’expression et la fixation de règles sur les Gafam.

Rédaction

Ce mercredi 27 avril, l’émission "Il faut qu’on parle" (DH Radio) revenait sur le rachat de Twitter par Elon Musk et les Gafam. Mathieu Michel, le secrétaire d’État MR à la Digitalisation, est l’invité du jour de Maxime Binet pour en parler.

Le rachat de Twitter par Elon Musk , une bonne idée? "La question est beaucoup plus large que ça. Quel rôle jouent les Gafam? Un petit nombre de personnes maîtrisent des outils qui ont un impact direct sur la société", avant de continuer: "Quand je regarde le travail d’Elon Musk, ces dernières années, je constate qu’il a investi en permanence dans des projets qui impactent la société. Tesla, SpaceX. Sur Twitter, il lie la liberté d’expression à la transparence des algorithmes de Twitter. C’est-à-dire comprendre comment vous êtes -ou pas- impacté par un tweet qui a été réalisé. Ça me semble être un outil fondamental."

Zuckerberg (Facebook) et Musk sont-ils devenus plus puissants que les chefs d’État? "Dans l’absolu, ils l’étaient. Ils ne le seront plus. Des pays, dont l’Europe, travaillent à des mécaniques régulatoires, qui sont des outils de législation qui contraignent à davantage de responsabilité pour ces plateformes."

Comment fait alors l’Europe pour les contrer? "Le concept sur lequel l’Europe travaille, c’est de considérer que ce qui est interdit dans le monde réel doit également l’être dans le monde virtuel.C’est cesser un univers digital qui soit le far-west. Par rapport à l’avancée rapide des technologies, les États se sont laissés déborder. Aujourd’hui, on reprend le contrôle en fixant des règles."

Toucher les Gafam là où ça leur fait mal, cela passe par des sanctions sur leurs chiffres d’affaires. Celles-ci peuvent être prises jusqu’à 6% du chiffre d’affaires. Pour les Gafam, c’est peu, finalement? "Ça reste énorme, on voit de quel type de budget on parle. Si, à un moment donné, on se rend compte que 6%, ce n’est pas dissuasif, on peut aller plus loin. C’est ça la force de la démocratie."

Elon Musk est favorable au retour de Donald Trump sur Twitter . La puissance des Gafam, c’est aussi de pouvoir condamner, suspendre des personnalités importantes. Comment contrer ça? "On doit faire la part des choses entre un universprivé et le rôle de l’État. Le privé fixe ses propres règles. L’important, c’est que les règles soient transparentes. Ce qu’Elon Musk propose sur Twitter, c’est de rendre transparent l’algorithme de contenu. Mais le rôle de l’État, c’est de fixer des limites aux univers privés. Si son contenu est illégal, ça contraint l’univers privé."

Nationaliser Twitter ou Facebook serait-il alors une bonne idée? "Qui va alors définir ce qu’on peut dire ou pas sur ces plateformes? Ça devient inquiétant. Ça veut dire qu’on doit mettre en place un ministère de la bonne pensée. C’est quelque chose qui m’angoisse. Je ne veux pas vivre dans un monde où on contrôle la liberté d’expression.

Propos polémiques de Conner Rousseau, Bouchez et le cordon sanitaire

Interrogé également sur les propos polémiques de Connor Rousseau, expliquant ne pas se sentir en Belgique quand il se promène à Molenbeek , Mathieu Michel évoque un dérapage. "Lorsque l’on est président de parti, ce sont des propos qui ne doivent pas être tenus. Molenbeek est bien une commune belge, avec une population belge", avant de poursuivre: "l’univers médiatique, qui a évolué ces dernières années, amène à devoir tenir des propos qui sont toujours limites, borderlines, pour que l’on parle de soi. Qu’est-ce qui se passe derrière? Ça fait du buzz, ça fait du like. Maintenant, on se rend compte qu’à travers des Twitter, à travers Facebook, il y a les algorithmes. Au plus il y a du clic, au plus il y a du commentaire, au plus vous arrivez haut dans le flux de discussion, et donc ça génère un peu de pollution dans le débat politique."

Au plus il y a du clic, au plus il y a du commentaire, ça génère un peu de pollution dans le débat politique

Georges-Louis Bouchez, grand utilisateur de Twitter et président de parti de Michel Mathieu, pollue-t-il alors aussi le débat politique? "La teneur des propos de Conner Rosseau n’a rien à voir avec la teneur enthousiaste et engagé de ce que je peux lire dans les tweets poussés par Bouchez".

Avoir des affirmations de point de vue de l’extérieur amène des discussions parfois animées au sein des gouvernements

Un président de parti qui tweete parfois des choses clivantes, est-ce que ça ne dessert pas un peu le MR au sein de la Vivaldi? "Bouchez est un président de parti qui a des idées, des convictions, parfois un peu débordantes. Quand on est membre d’un gouvernement, c’est une autre fonction. On doit travailler sur des accords, des consensus qui ne sont pas uniquement le reflet de nos positions. Avoir des affirmations de point de vue de l’extérieur amène des discussions parfois animées au sein des gouvernements."

Le MR n’a pas brisé le cordon sanitaire. Georges-Louis Bouchez a été dézinguer les idées d’extrême droite dans un univers médiatique flamand

Le Secrétaire d’État de poursuivre est également revenu sur le débat entre Georges-Louis et Tom Van Grieken , leader de l’extrême droite flamande, sur le plateau de la VRT. "Le MR n’a pas brisé le cordon sanitaire. Georges-Louis Bouchez a été dézinguer les idées d’extrême droite dans un univers médiatique flamand.Je ne dis pas que je suis pour le débat avec le Vlaams Belang, mais on doit démonter, un par un, les arguments qui font que, aujourd’hui, une partie de la population se laisse séduire par des idées extrémistes."

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