Marie-Hélène Ska tire la sonnette d'alarme: "Un Belge sur deux a du mal à finir ses fins de mois, il faut que chacun puisse vivre librement de son travail"

Ce lundi dans "Il faut qu'on parle", Maxime Binet recevait Marie-Hélène Ska sur les ondes de DH Radio.

La Rédaction

En ce jour de grève nationale, plus de 70 000 personnes sont attendues aujourd'hui dans les rues de Bruxelles afin de manifester pour une hausse de leur pouvoir d'achat. Les syndicats ont décidé aujourd'hui de protester en front commun avec un message clair comme le rappelle Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, au micro de Maxime Binet. "On sent que la vie est de plus en plus chère, un Belge sur deux a du mal à finir ses fins de mois, c'est énorme. Cela provoque énormément de craintes au sein de la population et ce après deux ans de pandémie et dans un contexte de guerre" , explique-t-elle d'emblée. Les transports en commun risquent d'être très fortement perturbés aujourd'hui , Brussels Airport a d'ailleurs annoncé que tous les vols au départ de l'apport de Bruxelles-National étaient annulés ce lundi 20 juin. "Il faut se rendre compte à quel point le personnel de Brussel Airport est sous pression. Les conditions de travail sont difficiles et le personnel gagne très peu à la fin du mois. De plus, il doit payer pour se rendre au travail car on travaille en continu dans un aéroport et on ne peut donc pas toujours utiliser les transports en commun. On n'aurait pas imaginé qu'en 2022 il était encore difficile de se déplacer pour travailler. Aujourd'hui, 22% des travailleurs n'ont toujours aucune indemnité de déplacement" , poursuit la secrétaire générale.

Des conditions de travail pénibles qui ne sont pas uniquement propres au personnel des aéroports, comme le rappelle Marie-Hélène Ska. "Je rappelle que les enseignants ne sont pas remboursés s'ils se déplacent en voiture. Les retraités, les locataires... Toutes ces personnes se retrouvent également aujourd'hui au pied du mur avec l'augmentation du prix de l'énergie. Nous voulons pouvoir vivre sans devoir nous creuser les méninges tous les matins pour savoir quel bon plan on va devoir utiliser pour ne pas revoir son train de vie. En 2022, il faut que chacun puisse vivre librement de son travail".

Plus de transparence

Ainsi aujourd'hui, les syndicats ont deux souhaits: augmenter les indemnités de transport pour se rendre sur le lieu de travail et pouvoir négocier librement les salaires qui permettent de vivre plus aisément. La secrétaire générale demande également à ce que plus de transparence soit faite sur la hausse des coûts de l'énergie, et notamment au sein des entreprises. Si certaines entreprises génèrent d'énormes profits, sans pour autant augmenter les salaires de leurs employés comme le regrette Marie-Hélène Ska, elle reconnait également que de nombreuses entreprises font malheureusement face à des difficultés dans le contexte économique actuel. Dans des cas extrêmes, certaines pourraient même se retrouver obligées de devoir restructurer leur personnel.

"Toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Nous sommes confrontés aujourd'hui à deux problèmes. Tout d'abord, il n'y a pas de mécanisme de solidarité entre les entreprises qui sont en difficulté et celles qui font du profit. Ensuite, la hausse de l'inflation est liée à 90% à un seul problème: l'augmentation du coût de l'énergie qui est beaucoup plus forte en Belgique que dans nos pays voisins. Attaquons-nous d'abord sur la transparence des énergies dans les grandes entreprises. Je vous rappelle que certaines grosses entreprises ont réussi à négocier un prix bas de leur consommation et ce sont alors les petits particuliers comme nous qui payons. Les factures d'électricité ont aujourd'hui des apparences de déclaration d'impôts sans aucune transparence, nous devons nous y atteler dès aujourd'hui."


Globaliser les revenus

Dans la suite de cette interview, Marie-Hélène Ska a souhaité répondre à tous ceux qui mettent en garde et qui invitent à ne pas oublier les erreurs du passé dans le cadre de ces nouvelles concertations sociales. C'est notamment le cas de Pieter Timmermans, l'administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. "Nous n'avons rien oublié du passé mais nous pensons à maintenant et nous voulons envisager l'avenir. Pourquoi aujourd'hui, alors que l'économie fonctionne à plein régime, nous manquons de personnel ? Il y a un épuisement général des employés et c'est à ce problème que nous devons nous intéresser. Nous devons avoir des logiques de long terme. Il faut rendre de la marge de négociation pour permettre au discours social de se développer dans les entreprises."


Si le gouvernement a mis en place plusieurs mesures temporaires pour aider la population face à la crise, comme des chèques mazout ou la diminution de la TVA sur l'énergie, la secrétaire générale demande à ce que des mesures structurelles concrètes soient mises en place. "On taxe mal les salaires aujourd'hui, les revenus sont mal connus et certains revenus ne contribuent pas du tout. Il faut globaliser les revenus, faire de la transparence et puis revoir la progressivité de l'ensemble des revenus. Cela permettra à 80% des salariés de baisser leurs contributions et de faire contribuer de manière beaucoup plus juste ceux qui ont du patrimoine ou d'autres types de revenus" , a conclu la secrétaire générale de la CSC, qui a rappelé que le 29 juin prochain, les syndicats se rendront devant les parlementaires pour leur démontrer pourquoi toutes ces mesures sont importantes. "Ils doivent être capables de répondre aux attentes de la population".

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