Avec la tenue de ce nouveau Comité de concertation ce mercredi 22 décembre, vers quel scénario nous tournons-nous ? Un nouveau tour de vis est-il possible ? Pour Yves Coppieters, le temps n'est pas encore venu d'envisager un reconfinement.


"Je pense que le scénario le plus strict, comme celui mis en place aux Pays-Bas, n'est pas à envisager en Belgique. Il faut plutôt envisager une version plus light. Un scénario de vigilance, observer ce qu'il se passe au Danemark et au Royaume-Uni car pour l'instant, on n'a pas encore bien compris les conséquences de cette vague Omicron sur les soins de santé. On doit adapter les mesures au jour le jour. Je pense que les mesures actuelles sont bonnes. Rajoutons que le réveillon de Noël, c'est dans deux jours et qu'il ne faut pas prendre les gens par surprise... Par contre il faut les responsabiliser, ça passe par toute une série de choses comme les tests antigéniques en pharmacie ou encore par une meilleure accessibilité financière pour les plus jeunes aux autotests...", indique dans un premier temps l'épidémiologiste au micro de DH Radio.

De fait, Yves Coppieters considère que durcir le ton actuellement n'a pas vraiment de sens. "Fermer l'Horeca à 20h ou les marchés de Noël, c'est ce que j'appelle des mesures 'yoyo'. Cela va juste entraîner un sentiment de ras-le-bol dans la société. Soit on prend des mesures très fortes car on suit un principe de précaution, soit comme je le pense, il faut simplement observer, responsabiliser et prendre des mesures locales, telles que la limitation du nombre de personnes à table, sans pour autant revenir au concept de bulle. Il faut donner des conseils pour limiter les contaminations dans un contexte de fin d'année où les regroupements privés vont être plus nombreux pour éviter des conséquences fin janvier", conseille-t-il.

Vers une situation critique dans nos hôpitaux ?


Il est vrai que les infections au variant Omicron ne font qu'augmenter. Elles représentent aujourd'hui 20% des infections totales en Belgique, selon le dernier décompte de lundi. Une situation inquiétante pour Jean-Christophe Goffard, qui craint que la tension dans les hôpitaux ne s'accentue. "On fait face à un problème structurel avec une pénurie du personnel. Nous sommes dans une situation compliquée même si le dévouement des soignants reste incroyable. Donc je demande au Codeco de suivre les conseils du GEMS et surtout je demande à la population d'être la plus responsable possible. Si les citoyens sont en contact avec une personne positive, qu'ils s'isolent. S'ils ont le moindre symptôme, qu'ils ne comptent pas sur un test antigénique négatif pour se dire que tout va bien et qu'ils peuvent faire le réveillon. C'est très important car je pense que ça, la population ne le comprend pas. L'autotest n'a pas d'utilité en cas de symptôme, il n'a de sens que si vous êtes tout à fait asymptomatique pour accentuer la sûreté", explique-t-il.


Le directeur de médecine interne poursuit en expliquant que la pression sur les médecins généralistes est déjà à son comble et que la situation aux soins intensifs l'inquiète. "Il n'y a pas encore assez de doses booster. En cas de cinquième vague, on va devoir faire face à des choix cornéliens, comme : doit-on reporter une opération cardiaque pour laisser place à un patient covid ? C'est dur, car on doit prendre une décision en tant qu'humain en laissant de côté le choix que le patient avait peut-être fait en ne se vaccinant pas."


Face à cette situation, Yves Coppieters prône une augmentation des moyens du personnel de première ligne afin de pouvoir absorber cette cinquième vague due au variant Omicron que beaucoup d'experts prédisent. "Il faut une meilleure planification de nos ressources dans le temps car on sait que cette crise va encore durer. Notre société doit s'adapter avec de nouvelles professions."

L'épidémiologiste poursuit en expliquant qu'avec cette situation difficilement prévisible, la tenue d'un dernier Comité de concertation avant le Nouvel An n'est pas à exclure. "Je pense qu'il est important que le Codeco explique que la situation a besoin d'être évaluée au jour le jour avec l'évolution du variant Omicron. Les mesures que l'on prend aujourd'hui ne seront peut-être pas les mêmes que nous prendrons entre Noël et Nouvel An si la situation commence à s'aggraver. On voit bien que la population belge adhère aux mesures et c'est très bien. Nous avons simplement besoin d'explications et d'une compréhension claire de la situation. On doit être transparent et dire que l'on pourrait reprendre des mesures très fortes comme un reconfinement si la situation dégénère."


Yves Coppieters a clôturé sa prise de parole en adressant son carton rouge à la communication politique du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. "Cela ne sert à rien de continuer à cliver systématiquement la population. Je pense que pour l'instant il faut plutôt tenir des messages empathiques et d'encouragement plutôt que de toujours cliver la société en remettant la faute sur les non vaccinés, même s'il est vrai qu'ils sont plus nombreux à être hospitalisés".


Face à la question de la vaccination, l'épidémiologiste a d'ailleurs affirmé ne pas être pour la transformation du Covid Safe Ticket en pass vaccinal ."Si on ne vise pas l'obligation vaccinale, on doit garder le CST", conclut-il.