L’avocat Maurice Krings, bâtonnier du barreau francophone de Bruxelles, et François Gemenne, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’ULiège, parlaient à l’unisson ce matin. Tous les deux dénonçaient les conditions dans lesquelles les réfugiés sont accueillis en ce moment.

"Cette situation est une honte car on pouvait anticiper la migration", dénonce l’avocat. "La guerre était là et on a attendu, sans rien prévoir".

Le professeur ne dit pas autre chose. "Il faut avoir dans ce domaine une politique proactive plutôt que réactive. Ici, on réagit encore une fois au problème lorsqu’il se pose. C’est une réplique de la crise avec les Syriens, où l’on s’était laissé complètement déborder".

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Défi logistique et politique

Mais des choses bougent, reconnaissent les deux hommes. L’Europe a notamment activé une directive qui laisse 90 jours aux Ukrainiens pour régulariser leur situation administrative et avoir un permis de séjour. Ce qui, malheureusement, n’empêche pas certaines files de se former avec les réfugiés attendant d’être reçu pour cela.

"Il faut avoir le nombre de fonctionnaires nécessaires pour accueillir décemment et rapidement les gens. Actuellement, des gens restent dehors, debout, toute la journée, pour rien car ils ont 90 jours pour se mettre en ordre", déplore Maurice Krings.

"C’est un défi logistique mais aussi politique", complète François Gemenne. "Il faut se concerter en Europe, voir comment répartir les personnes qui vont arriver chez nous, où les accueillir, quelle politique d’intégration mettre en place etc.".

Les lignes bougent

Quelque 2,5 millions d’Ukrainiens ont déjà fui le pays. Ils pourraient être 4 ou 5 millions au final, selon les organisations humanitaires. L’exode est massif. Mais ici, contrairement à d’autres crises, ce sont des "voisins" et les lignes bougent sur le continent.

"On sent un véritable élan de solidarité en Belgique, notamment par des citoyens", applaudit le bâtonnier.

"Les gens font preuve d’une solidarité incroyable, mais il y a la question du long terme qui va se poser. Il faudra fournir un logement aux gens, scolariser les enfants, mettre certaines personnes sur le marché du travail. Pour cela, il faut que le politique prenne le relais", complète François Gemenne.

Les précédentes crises ont été des échecs totaux pour l’Europe, incapable de se mettre d’accord sur un plan de répartition des réfugiés. Cette fois-ci, cela pourrait être différent.

"On pourrait réussir car cette guerre fait bouger l’attitude de certains pays, notamment en Europe centrale et orientale, car cette fois la guerre est en Europe, à leurs portes. Il y a une forte migration vers ces autres pays, qui aujourd’hui pourraient voir un intérêt à un plan de répartition. Les précédentes tentatives de répartition ont été des échecs absolus pour l’Union, il faut en tirer les conclusions pour éviter que cela se reproduise", conclut le chercheur.