Depuis lundi les infirmiers des hôpitaux publics ont lancé des mouvements de grève pour protester contre la pénurie des membres de leur profession dans le secteur hospitalier. Le déclencheur : la nouvelle classification des fonctions IFIC.

Avec celle-ci, les infirmiers spécialisés vont être moins payés. Et pour Arnaud Bruyneel, infirmier aux soins intensifs du CHU Tivoli c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. "Après cette crise et tout ce qu'on a vécu, on en a gros de recevoir ce nouveau barème. Moi je vais perdre jusqu'à 45 000 euros si je décide de changer de fonction ou si je change d'employeur", dénonce-t-il.

Ce nouveau barème peut faire perdre jusqu'à 100 000 euros au terme de la carrière d'un infirmier. "J'ai une collègue qui va perdre jusqu'à 145 000 euros si elle passe dans cette classification", confirme le vice-président de siz-nursing, qui demande un moratoire de cette classification pour le 1er juillet et que les autorités "reviennent vers les représentants de la profession pour faire des changements car cette classification est complètement caduque". Pour Arnaud Bruyneel, "il n'y a plus de valorisation de la formation. Quelqu'un qui fait 3 ans et demi ou quatre ans d'étude plus une année de spécialisation va gagner la même chose".


Le chef infirmier reproche aussi aux organisations syndicales du privé, à qui il adresse son carton rouge, d'avoir accepté cette nouvelle classification. "Depuis 2018 on arrête pas de dire que ça ne fonctionne pas. On est un métier complexe, c'est difficile de nous mettre dans des cases. On est tout à fait d'accord qu'une nouvelle classification est nécessaire, mais la manière dont elle est faite n'est pas du tout optimale et ça va accentuer la pénurie d'infirmiers", martèle-t-il.

Peut-on s'attendre à un mouvement de grève général ? "On essaye de se coordonner car il y a des actions qui se font dans différents hôpitaux". A 11 heures lundi, une mobilisation aura lieu dans plusieurs hôpitaux "pour vraiment envoyer un appel au ministre de la santé et aux syndicats pour qu'ils revoient cette classification entre autres", annonce Arnaud Bruyneel. "Mais faire la grève n'est pas évident pour la profession car il faut maintenir un service minimum, on pourrait imaginer des réquisitions comme cela a été fait à l'hôpital Erasme. Mais on ne mettra jamais le patient en danger, il y aura toujours un service minimum", rassure l'infirmier.


Le corps infirmier a la sensation de ne pas être suffisamment écouté par Frank Vandenbroucke. "Il dit qu'il nous écoute mais ça ne va pas assez vite à notre goût. La pandémie a accentué toutes les problématiques qui existent depuis de nombreuses années. Il devrait davantage écouter les représentants de la profession infirmière, il n'y en a pas dans son cabinet", reproche Arnaud Bruyneel.

D'autant plus que la profession est mise à rude épreuve. Une étude souligne que le risque de burn-out est estimé à 65% pour les infirmiers, "ce qui est deux fois plus fois plus qu'une étude réalisée par le centre fédéral d'expertises belge en 2019", précise-t-il. "Le problème ce sont les conditions de travail mais le métier est passionnant", regrette l'infirmier.