L'affaire est retentissante dans notre pays. Le parquet fédéral belge veut envoyer devant le tribunal 56 personnes physiques et une société commerciale pour des soupçons de fraude qui entachent les clubs de football.

Dimitri de Béco, avocat pénaliste, représente Laurent Denis, l'ex-avocat du Sporting d'Anderlecht visé pour faux en écriture dans ce réquisitoire. Au micro de Maxime Binet, il dénonce le rôle trop important accordé à la presse par la justice. "Laurent Denis n'est pas inquiet non, on s'y attendait car il y avait instruction. Ce qui a été désagréable c'est d'apprendre cela dans la presse avant de recevoir le réquisitoire par mail. Depuis le début, c'est d'abord la presse qui est prévenue avant les suspects", regrette l'avocat.

Dimitri de Béco se dit "profondément dérangé" par la façon de procéder du parquet, qui communique à chaque fois des informations aux journalistes avant d'informer les personnes concernées. Une fois les médias au courant, "les chevaux sont lâchés, la presse va se jeter sur les personnes citées et va faire son enquête à elle, qui va plus vite que l'enquête judiciaire", appuie-t-il.


"Je respecte cela, le journalisme d'investigation reste essentiel surtout en démocratie", reconnait-il tout de même. "La chose qui me dérange c'est le décalage entre les deux enquêtes", explique l'avocat, qui reproche le temps trop lent de la justice. "C'est surtout ça le problème, les enquêtes mettent trop de temps à être effectuées. Encore que dans le dossier football, ce n'est pas si long, mais ça va prendre encore beaucoup de temps". Le procès devrait être organisé en 2023 à Anvers.

L’enquête du footgate a pu être bouclée grâce notamment au premier repenti de l'histoire belge, Dejan Veljkovic. Un statut pas tellement efficace en justice pour Dimitri de Béco. "C'est le meilleur exemple (du décalage entre justice et presse ndlr). Les déclarations vont être rendues publiques et nos clients ne peuvent pas se défendre dans le même temps. Ca nous met dans une situation complexe en tant qu'avocat, puisqu'on est sollicité par les journalistes".

L'avocat rappelle que la loi repenti, qui "a le mérite de la transparence", est à la base destinée aux membres d'organisations criminelles. "Tout ce qu'ils vont balancer va être accessible, donc c'est peu populaire chez les clients", qui risquent ensuite des représailles. "Or, le milieu du foot n'est pas une mafia", estime-t-il. "Il y a peut-être des pratiques mafieuses, si les faits sont avérés, mais je n'utiliserai pas ce terme car ce n'est pas un terme juridique".