Alors que la facture du gaz a fortement augmenté pour les ménages belges, le directeur du pôle "acteur social et citoyen" de la mutualité socialiste s’inquiète pour le portefeuille des belges qui est "en voie de basculement" , selon lui. " Il y a un risque de précarité avec la crise énergétique de l'on connaît pour l’instant : l'augmentation du prix gaz est une menace sur le pouvoir d'achat".

Avec une hausse de 49 euros en moyenne de la facture d'électricité, et de 84 euros pour celle du gaz naturel par rapport à 2019, " cela implique qu'une série d'acquis sociaux risquent d'être complètement mangés, d'autant que le prix du gaz et de l'électricité n'est pas vraiment pris en compte dans l'indexation des salaires et des prestations sociales ", regrette François Perl, au micro de Maxime Binet.

Pour le mutualiste, les signaux d'une hausse de la précarité en Belgique sont là. " Il y a des indices d'augmentation de la pauvreté : une augmentation du recours aux banques alimentaires, l'augmentation du revenu d'intégration versé. L'allocation de crise sanitaire a permis à certaines personnes de sortir la tête de l'eau, mais par rapport à ce qui se préfigure (la hausse du gaz, ndlr) tout ce qui a été engrangé ou est potentiellement engrangeable risque d'être mangé par cette hausse. Il faut réfléchir à des mesures", assure-t-il.

Afin d'y pallier, il prône une "extension et une automatisation du tarif social du gaz et de l'électricité. Par exemple octroyer, à partir d'une certaine tranche de revenu, un tarif réduit. Il y a aussi possibilité de jouer sur la TVA. Il faut en tout cas avoir une réflexion sur le prix de l'énergie", avance-t-il . "On avait dit il y a quelques années que la libéralisation du marché de l'énergie allait permettre la concurrence mais on voit maintenant que ce marché est dérégulé. Il reste difficile à maitriser".


Par contre, utiliser l'augmentation du prix de l'énergie comme argument pour dire qu'il faut retarder la sortie du nucléaire, François Perl s'y oppose : " Ce n'est pas un débat corrélé à ce stade", appuie-t-il.

L'impact de la crise sanitaire sur la sécurité sociale s'est fait ressentir, mais les dégâts ne semblent pas catastrophiques. " On a chiffré le coût : il y a eu d'assez grosses dépenses de chômage, mais le budget soins de santé est resté stable. Pas pour de bonnes raisons : des gens ont dû reporter des soins. La sécurité sociale est mise à mal par la crise dès lors qu'elle engendre une augmentation de la précarité. Pour l'instant avec la reprise économique qui commence, la facture est un peu moins lourde que ce que l'on pensait dans certains domaines", renseigne le mutualiste.


La "fake news" de Georges-Louis Bouchez

Ensuite, l'invité a adressé son carton rouge à Georges-Louis Bouchez. "ça n'a rien de personnel, mais il a raconté un peu n'importe quoi sur les syndicats, il y a deux jours chez vous". Le président du MR a déclaré sur DH radio lundi que les syndicats avaient "un incitant à maintenir un certain volume de demandeurs d'emploi". François Perl dénonce une "fake news".

"L’activité de paiement des allocations chômage est une activité déficitaire, qui coute aux syndicats. Si on basculait sur une étatisation des allocations de chômage ça nécessiterait un investissement énorme. C'est une bonne affaire pour les finances de l’État, les syndicats n'ont pas intérêt à maintenir un certain nombre de chômeurs", martèle-t-il.

Pour en revenir au débat sur l'emploi, François Perl juge les sanctions inutiles. " Elles ne servent à rien, il faut accompagner le chômeur. Par exemple, il y avait un débat sur la dégressivité des allocations, suspendu avec le Covid. Or le chômage a tendance à rediminuer depuis la crise. On voit bien que les sanctions n'ont aucun impact sur le nombre de chômeurs. "

Le gouvernement fédéral s'est fixé comme objectif d'atteindre les 80 % d'emploi. Est-ce un objectif réaliste ? " Oui, mais ne pas dire aux gens 'orientez-vous vers des métiers en pénurie', il faut les accompagner vers cela avec des formations et réorienter les moyens de sanctions vers des moyens d'accompagnement", suggère François Perl.

Et d'ajouter à propos des organismes de formation : " Ils ont fait des progrès phénoménaux depuis quelques années. C'est facile de tirer sur le mécanisme. Ils ont besoin de moyens : ça coute de l'argent de remettre les gens vers l'emploi mais ça rapporte beaucoup, puisque ça fait moins d'allocations de chômage à payer et plus de recettes fiscales pour l’État. C'est un investissement qu'il faut continuer à approfondir ".