Il y a quelques jours, on apprenait que Bruno Colmant quittait son poste de CEO chez le groupe bancaire Degroof Petercam pour se consacrer uniquement au pôle private banking. Aujourd'hui, au micro de DH Radio, il revient sur la situation économique de la Belgique. Avec la crise sanitaire, l'économie a été au plus mal en 2020. Néanmoins, 2021 semble être de meilleure augure, puisqu'on estime la croissance belge à 4,1% cette année.

"C'est ce que nous appelons une reprise en V de l'économie. Cela signifie d'abord une crise, il s'agit de la partie gauche du V, et ensuite cela remonte sur le côté droit. Je suis assez étonné de la rapidité avec laquelle l'économie remonte en 2021, je pense que c'est dû au taux de vaccination. Néanmoins, quand on cumule la croissance de 2021 et la décroissance de 2020, on n'en est pas encore au niveau de 2019. Il faudra encore 3 à 4 ans par retrouver la trajectoire de croissance que l'on a connue", explique l'économiste.

Un plan de relance sera d'ailleurs mis en place en Belgique. Un budget de 5,9 milliards est prévu à cet effet avec un effet levier sur les investissements publics de l'ordre de 4% d'ici 2030. Néanmoins, pour Bruno Colmant, ce plan est largement insuffisant. "On doit compenser des années de sous-investissements publics, on devrait avoir des investissements de l'ordre de 100 à 120 milliards. C'est l'euro qui a tué l'investissement public. Comme on ne pouvait pas avoir de déficit budgétaire mais qu'on savait en même temps que les coûts sociaux allaient augmenter, on a donc diminué la part d'investissement public", regrette-t-il.

Augmenter les investissements publics 

Selon lui, un plan de relance de 100 milliards est tout à fait envisageable vu le contexte. "À partir du moment où on est taxé sur plusieurs années, que l'on prend en compte la transition climatique qui va devoir se faire, et sachant à titre de comparaison que l'État aura dû injecter à peu près 70 milliards pour les dépenses courantes, je pense qu'envisager 100 milliards est raisonnable. Bien sûr, c'est contradictoire avec les orientations européennes. Depuis le début, cet euro est trop contraignant en matière d'investissements publics, on n'a pas fait la différence entre les dépenses d'investissement et de fonctionnement. Et à une époque où le taux d'intérêt est nul voir négatif, c'est évident que l'État doit emprunter. On est à un point de rupture économique, c'est aujourd'hui que l'on doit rentrer dans le 21e siècle avec 21 ans de retard", poursuit-il.

La solution pour Bruno Colmant serait de capter l'argent dormant sur les comptes épargnes. On estime ce dernier à plus ou moins 300 milliards, soit 60% de la richesse produite chaque année dans notre pays. "Individuellement ces investissements sont légitimes, mais collectivement c'est beaucoup d'argent qui est placé de manière improductive dans les banques. Le gouvernement devrait donner des avantages fiscaux pour qu'une partie de cet argent soit déployé vers le capital risque (ndlr: les entreprises). Dès lors, on pourrait avoir une jouvence des investissements publics."

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