DH Radio Elle fait face à sa révolution numérique et la concurrence du streaming mais conserve ses atouts pour l’avenir.

2019 a sonné l’heure du grand chambardement pour les radios dans la partie francophone du pays. Le lancement du nouveau plan fréquence va redistribuer les cartes et chaque opérateur présent espère voir ses autorisations renouvelées, tandis que de nouveaux manifestent leur envie de s’adjuger une place au soleil. L’enjeu est même double cette année puisque, pour la première fois, des canaux de diffusion numérique sont également à pourvoir.

Au regard de ce qui s’est passé pour les autres médias comme la presse ou la télévision, la révolution numérique atteint la radio. Désormais une évidence, elle pose à présent cette question : la radio a-t-elle encore un avenir ? Pour Philippe Deraymaeker, coordinateur général de DH Radio, la réponse est oui. "On l’a un peu vite condamnée , dit-il avec un petit sourire en coin. Dans les années 80, les Buggles la voyaient déjà enterrée par les stars de la vidéo (allusion au tube du groupe : "Video Kill The Radio Star"), mais ce n’est pas arrivé. Au contraire, ce sont les télévisions musicales qui sont mortes."

Malgré la concurrence, la radio a encore de beaux jours devant elle, estime-t-il. Il est vrai que les jeunes l’écoutent moins et que l’audience a tendance à vieillir, reconnaît-il, mais il y a encore pas mal de réserve pour continuer à fabriquer de la radio et à servir les gens que ça intéresse. Mieux, après les fléchissements d’audience enregistrés ces dernières années, les chiffres ont tendance à repartir à la hausse tout récemment.

"La radio est toujours là", constate également Jean-Charles De Keyser, ex-RTL qui conseille désormais DH Radio. "Pourquoi ? Parce que c’est le média roi, martèle-t-il. La relation entre la radio et l’auditeur est beaucoup plus forte que celle qu’entretient le téléspectateur avec la télévision. Elle est de l’ordre de l’intime et c’est pour ça que la radio ne disparaîtra pas." Depuis toujours la radio s’écoute seul, explique-t-il, et ça ne va pas changer car l‘arrivée du. DAB + va encore renforcer cette relation." Dans sa bulle, l’auditeur va non seulement pourvoir écouter son programme en meilleure qualité et bien plus longtemps qu’avant, mais aussi, grâce à l’interactivité, écouter ce qu’il veut quand il le veut. En particulier dans la voiture qui reste, aujourd’hui encore, le lieu privilégié d’écoute. Il faut en effet savoir que dans les deux ans, tous les constructeurs seront obligés de fournir leurs véhicules avec des récepteurs DAB + en Europe.

Jean-Charles De Keyser épingle aussi un autre atout, formidable à ses yeux. "La grande différence entre la radio et la télévision, dit-il, c’est que dans la première, il n’y a pas d’image. La radio, c’est la puissance de l’imaginaire. Les mots et les choses que l’on y raconte, créent pour chaque auditeur un rêve différent. À la télévision, on impose un texte, une musique, une image, à la radio, on propose des idées, des mots et des atmosphères que chacun peut interpréter comme il le souhaite. C’est sa force et sa magie."

Si la radio est indéboulonnable aux yeux de nos interlocuteurs, cela ne veut pas dire qu’elle est immuable. Ce que regroupe le mot évolue, reconnaissent-ils. L’arrivée des podcasts natifs - c’est-à-dire non diffusés sur les ondes hertziennes - en est un exemple. "Mais cela reste de la radio, insiste Philippe Deraymaeker. Ce sont des moments que l’on va chercher sur Internet quand on a envie de les écouter. C’est de la radio à la demande." Dans leur conception, ils épousent les mêmes codes d’écriture, rappelle Jean-Charles De Keyser : "On parle d’une certaine manière à quelqu’un qui vous écoute quelque part. Peu importe le canal de diffusion, DAB + ou Internet, le podcast sera dit de façon à être écouté."