Le professeur a répondu aux questions de Maxime Binet suite aux élections qui ont eu lieu en Allemagne ce dimanche.

L'occasion d'abord de revenir sur le bilan d'Angela Merkel, chancelière depuis 2005. "Je retiens deux moments forts. Tout d'abord, son attitude ouverte et courageuse dans la crise des réfugiés. Ensuite, son manque de leadership dans l'Union européenne en matière géostratégique".

Deux noms sont en pole pour reprendre le flambeau : Olaf Scholz (leader du SPD) - victorieux des législatives, selon les premiers résultats - et Armin Laschet (leader de la CDU-CSU). Ces deux hommes ont-ils les épaules pour succéder à Merkel ? "Scholz est un homme politique très expérimenté. Il est d'ailleurs le Ministre des finances du gouvernement sortant. Il créerait cependant peu de surprises et serait dans une optique de continuité. Laschet est, lui, un grand gaffeur. Il a quand même réussi à s'imposer comme le leader de l'élection dans la CDU-CSU mais il porterait sur lui le fait d'avoir amené la coalition entre la CDU et le CSU à son plus bas historique. Ce serait lourd à porter. En tout cas, on aura peu de surprises avec l'un ou avec l'autre".

Habituellement formé par une bipartite, le gouvernement allemand se dirigerait cette fois vers une tripartite au pouvoir. Un fait rare selon le spécialiste. "Si on n'est pas dans la bipartite, il y a deux tripartites simples possibles: celle qui associe la CDU-CSU, le FDP et les Verts ou alors le SPD, les libéraux et les Verts. Ca va être l'attitude des libéraux et des Verts qui va déterminer si on va vers une coalition de centre droit ou de centre gauche. Ce serait rare d'avoir une tripartite, il faut remonter à la période d'après-deuxième guerre mondiale pour retrouver cela".

"Tant qu'on ne sait pas comment vont se positionner la France et l'Allemagne, les choses bougeront peu à l'échelle européenne"

Alors que l'Allemagne va changer de gouvernement, une autre puissance européenne comme la France est en pleine période électorale. Quel est l'écart entre les deux pays ? "On a une différence de régimes. D'un côté, un régime parlementaire en Allemagne et un régime semi-présidentiel en France. On est aussi dans deux cultures différentes. Ce qui est important à souligner, c'est que ces élections sont très importantes pour l'Europe. Tant qu'on ne sait pas comment vont se positionner la France et l'Allemagne, les choses bougeront peu à l'échelle européenne".

Si l'extrême droite, représentée par l'AFD, a fait des scores très faibles en Allemagne, ce n'est pas le cas en France avec l'avènement d'Eric Zemmour et la longévité de Marine Le Pen. Un personnage comme l'ancien chroniqueur de "On n'est pas couché", aurait-il pu émerger en Allemagne ? Pascal Delwit est sceptique. "Il y a des personnalités similaires mais elles sont fortement contestées par les médias, le monde politique et les universités. C'est étonnant qu'il puisse dire n'importe quoi en France, sans que ça choque grand monde. Ce n'est pas nouveau dans une dynamique française où le poids de la personnalité compte. On a déjà eu ça à de nombreuses reprises. On parle d'ailleurs d'une monarchie républicaine dans l'Hexagone. Ce qui est étonnant, c'est que tout un chacun qui pense avoir une idée, croit pouvoir se présenter à la magistrature suprême en France".

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