Le chef adjoint des soins intensifs de la Clinique CHC MontLégia est revenu sur la situation sanitaire actuelle. Alors que les contaminations explosent encore, la barre des 2.000 patients hospitalisés a été franchie ce jeudi. Selon le médecin, il y a encore de la marge dans son hôpital. "On peut continuer avec des soins non urgents et des opérations. Pour le moment, ça tient le coup", note-t-il. "C'est aussi une bonne nouvelle de voir qu'il y a si peu d'hospitalisations par rapport à l'énorme augmentation des contaminations." Mais le médecin recommande d'attendre avant de se réjouir. Selon lui, dans les autres pays européens plus avancés dans la vague Omicron, on observe un délai désormais allongé entre le premier jour de contamination et celui d'hospitalisation (6 jours pour Delta, 12 pour Omicron). "Il y aura un délai de 12 jours entre le pic des contaminations et le pic des hospitalisations. Ce que les mathématiciens nous annoncent, c'est que l'on va avoir une augmentation des hospitalisations jusqu'à la fin du mois. Pour pousser un grand ouf de soulagement, il faudra attendre, dans les hôpitaux, d'être fin janvier", précise Philippe Devos.


Et si l'hôpital arrive à gérer le flux de patients, comme dans d'autres secteurs, c'est surtout l'absentéisme du personnel qui est difficile à gérer. Environ 15% de l'effectif de l'hôpital est absent. "On est comme tous les Belges : on en a complètement marre du Covid. On n'en peut plus, la fatigue s'accumule, les blessures aussi...", détaille l'intensiviste. "Dans les 15% d'absents, j'en ai bien 5% qui ont des déchirures musculaires. Eux, ils n'en peuvent plus physiquement. C’est ça le problème, l'absentéisme grandit. L'absentéisme d'épuisement des équipes est réel."

Quant à la phase 3 dans laquelle les hôpitaux pourraient bientôt entrer et qui ne donne plus la priorité aux patients Covid, le médecin est clair. "À part pendant la première vague, on n'a jamais mis la priorité aux patients Covid. On soigne les plus malades et ceux qu'il faut soigner. Ce n'est pas parce qu'on a une maladie ou une autre que l'on doit faire un tri, ce n'est pas éthique ça", dénonce Philippe Devos. "C'est un trait d'esprit d'un ministre."

Un nouveau Codeco la semaine prochaine, la vaccination obligatoire étudiée à la Chambre...

A propos du Comité de concertation de la semaine prochaine, le médecin affiche clairement son opinion. "Je n'attends plus rien des Codeco. Juste qu'on remette un peu de cohérence et de logique, que tout le monde puisse comprendre à nouveau la logique des mesures." Il ajoute qu'il considère actuellement le Codeco comme une "foire au boudin" où les mesures sont négociées "sans aucune cohérence". Selon lui, même les membres du Gems (le groupe d'experts qui aident les décideurs politiques) ne sont pas écoutés. "C'est une bonne chose de négocier entre politiques, on les a élus pour qu'ils prennent des décisions donc ils les prennent. Simplement, ils feraient mieux de suivre une méthode pour nous permettre de comprendre - nous, les Belges - comment est arrivée la décision."


Philippe Devos a également fait le point sur l'obligation vaccinale, bientôt à l'agenda de la commission Santé de la Chambre. Encore une fois, le médecin prône la transparence. "J'aimerais que les politiques m'expliquent quel est l'objectif de l'obligation vaccinale. On peut en avoir plusieurs. Si l'objectif est d'éviter la transmission d'un malade vers quelqu'un de sain avec Omicron, ça devient moins utile", explique le médecin, qui ajoute que le vaccin ne protège qu'aux alentours de 15 à 20% de transmettre ce variant. 


"Je disais il y a 6 mois que l'obligation vaccinale était utile pour protéger les malades qu'on encadrait pour éviter la transmission. Par rapport à Alpha, le tout premier variant, c'était 80% de protection de transmission. Donc ça avait tout son sens. Quand on passe de 80 à 15%, effectivement, on n'est plus dans le même débat", souligne-t-il. "C'est inférieur à l'efficacité d'un masque chirurgical. Ça a encore du sens, mais moins. Ça mérite d'être remis en perspective." 

Autre objectif possible : s'assurer d'un taux d'absentéisme moins grand face à la vague Omicron. Un objectif qui pourrait avoir du sens, selon le médecin. Quoi qu'il en soit, Philippe Devos souhaite des explications claires de la part des autorités belges. "Ce que j'aimerais bien, c'est que les politiques nous disent quel est l'objectif de cette obligation. Mais il n'y a jamais moyen", déplore-t-il.