La coalition autour d'Emmanuel Macron (Ensemble!) et l'alliance de gauche Nupes sont arrivées à quasi égalité dimanche lors du premier tour des élections législatives françaises, avec 21.442 voix d'avance seulement pour Ensemble!, selon les résultats du ministère de l'Intérieur. Comment analyser ces résultats? Maxime Binet a fait le point ce lundi matin sur les ondes de DH Radio avec Francis Van de Woestyne, journaliste et éditorialiste pour La Libre Belgique.

Francis Van de Woestyne a tout d'abord modéré la victoire du camp Macron: "Jamais un parti présidentiel n'a fait un si mauvais résultat aux élections législatives qui suivent traditionnellement en France l'élection présidentielle. Il faut rappeler qu'en 2017 Macron avait réussi a obtenir 32% au premier tour des législatives. François Hollande avait lui obtenu 31% et Sarkozy, à l'époque où il était président, avait décroché 40%. Pour Macron, le résultat de ce premier tour des législatives, c'est donc bien un camouflet, un échec."


L'éditorialiste calme également le jeu par rapport aux autres partis. "Pour moi, dans cette élection, il n'y a aucun gagnant. Que des perdants. Même s'ils ont tous un motif de satisfaction. Si on parle de la coalition Macron, par exemple, on dit qu'ils sont au coude-à-coude avec la Nupes, la coalition des gauches, mais ils sont malgré tout devant, même si on est d'accord que c'est un très mauvais résultat. Le problème principal pour le camp Macron, c'est que selon les projections, il n'est pas assuré d'avoir une majorité absolue."

Francis Van de Woestyne analyse également la performance de Jean-Luc Mélenchon: "Il a tout d'abord réussi à fédérer la gauche, pas vraiment à la manière de François Mitterrand mais il a réussi en gommant toutes les aspérités de beaucoup de programmes des partis. Il a réussi à créer cette Nupes qui a constitué une force de gauche très puissante et avec laquelle il faudra compter pour le deuxième tour."


Le journaliste de La Libre relativise toutefois ce "coup de maître" de Mélenchon? "C'est un coup stratégique qu'il a fait, certes. Mais c'est aussi un échec pour lui car son slogan était 'élisez moi Premier ministre' mais il ne le sera pas. La Nupes sera présente dans 500 circonscriptions au deuxième tour, ce qui est effectivement un tour de force. Mais le chef de l'Etat, pour autant que les résultats de dimanche se confirment, ne va pas prendre son Premier ministre dans un groupe qui fait 25%, alors qu'il y a 75% d'autres parlementaires qui appartiennent à beaucoup d'autres formations politiques et qui ne font pas partie de cette Nupes. Donc oui, Mélenchon a réussi son coup de force en réunissant la gauche et en finissant deuxième et très proche, à 21.000 voix, du parti de Macron. Mais je pense qu'il ne sera pas Premier ministre. On peut dire qu'en ce qui concerne son magnifique slogan, il a échoué. Mais cela ne signifie pas pour autant sa fin politique car je pense qu'il sera encore présent dans cinq ans à l'élection présidentielle, même dans dix ans et dans quinze ans. C'est un peu le Bernie Sanders [candidat très à gauche de l'élection présidentielle américaine, NDLR] de la politique en France, mais en moins sympathique je trouve."


Mais cette coalition des gauches Nupes peut-elle peser dans le futur au niveau politique ou s'agit-il juste d'un groupe de façade? "Tout dépend", explique Francis Van de Woestyne. "Il faudra voir si elle restera unie. Car, par exemple, ils ne sont pas d'accord sur la guerre en Ukraine. Sur le nucléaire, ils ne sont pas d'accord non plus. Pour le pouvoir d'achat et les retraites, c'est pareil... Quand ces dossiers-là vont arriver dans le débat politique français, quelle position vont donc adopter ces quatre formations politiques qui composent la Nupes? Ce sera un groupe puissant car il y aura environ 200 députés. Mais à l'intérieur de ce groupe, chacun va retrouver son autonomie. C'est un groupe qui va faire certes beaucoup de bruit mais j'attends de voir le concret derrière tout cela."