Doit-on parler de crise ou de crises et quel est l’impact de ces deux années de Covid sur le pouvoir d’achat? Christine Mahy a répondu aux questions de Maxime Binet sur DH Radio.


"Depuis des années, on traverse un cumul de crises. Ces derniers mois, il est difficile de ne pas constater que les inondations sont catastrophiques pour une partie de la population. Et c’est quand même une partie relativement nombreuse de la Wallonie, une région où les choses n’étaient déjà pas brillantes auparavant, que ce soit socio-économiquement ou en termes de logement. On a aussi la crise sanitaire, où ce sont les personnes les plus vulnérables qui ont subi les conséquences les plus lourdes: risque de perte d’emploi, chômage temporaire, digitalisation qui s’est imposée. Cette crise a frappé des travailleurs à la lisière et qui ont des revenus trop bas."

Lors des crises, les plus vulnérables font appel aux services d’aide, pour avoir un peu de compagnie ou bénéficier d’une aide médicale. L’administration est aussi souvent sollicitée. De quoi se poser la question du télétravail dans ces services, qui impose une distanciation dans la manière de communiquer ensemble, selon Christine Mahy.

"On répond par mail, ce qui veut dire que les mails attendent, le service est rendu plus tard, les documents administratifs n’arrivent pas et le téléphone sonne dans le vide. Cela peut arriver dans les mutuelles, dans des CPAS, dans les syndicats, des services de soins à domicile, etc."

Même après la crise Covid, la digitalisation et le recours au télétravail risquent de s’imposer sur la durée. Mais pour Christine Mahy, il faudra s’assurer qu’un service soit encore rendu. "Je crains qu’il y ait des habitudes qui se soient prises de la part de travailleurs. On peut comprendre qu’ils aient besoin de plus de confort de travail et de temps chez eux. Il faut donc se poser la question des conditions de travail et de les améliorer mais il faut continuer de rendre un service ‘guichet humain’ en quantité."

Durant la crise Covid, la précarité s’est donc accentuée. On entend beaucoup parler des personnes en première ligne ou des indépendants qui ne peuvent pas ouvrir leur commerce, mais on entend moins parler des plus précarisés: sont-ils les oubliés de la crise?


"La crise a rendu davantage visible les plus précarisés, mais en même temps, on les a réoubliés tout aussi vite. Le sans-abrisme structurel endémique dans nos villes est une réalité, tout comme les métiers de la prostitution qui sont sans statut ou les gens qui sont affectés par des contrats déconstruits du travail. Pour les gens qui travaillent à l’heure, à la journée ou en intérim, tout cela est fragile. Certains ont perdu des ressources financières sans qu’elles ne soient compensées par d’autres systèmes", explique la secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté.