Ce mardi matin dans "Il faut qu'on parle", Maxime Binet recevait l'infectiologue Nathan Clumeck pour la sortie de son nouveau livre intitulé "La Menace Virale". L'occasion pour l'expert d'étayer ses propos, et d'expliquer notamment le choix du sous-titre de son ouvrage : "La vaccination ne suffira pas".

Si la vaccination ne suffit pas, cela veut-il dire que l'on devra continuer à vivre en pseudo-confinement pendant plusieurs années? "Non, ça veut dire qu'en plus de la vaccination, il faudra garder d'autres mesures comme le masque et la ventilation", avance l'expert, qui insiste également sur l'arrivée de nouveaux traitements. "A partir du moment où nous aurons des médicaments, cette pandémie risque de changer", assure-t-il.

Concernant la gestion de la crise sanitaire, le professeur déplore la lenteur de la mise en place des différentes mesures. Il prend notamment l'exemple de la vaccination obligatoire: "Si l'on veut inciter les gens à se faire vacciner dans le groupe à risque, il faut s'y prendre à temps, parce que cela prend plusieurs mois de prendre une décision en Belgique. Si on débat maintenant de la vaccination obligatoire, ce n'est pas pour l'instaurer pour cette vague-ci, c'est pour la prochaine."

L'expert rappelle également qu'il avait déjà alerté sur l'importance de la ventilation en avril dernier avec ses confrères Marius Gilbert et Leila Belkhir, mais que le débat a pris énormément de temps à arriver sur la table.

"On a toujours un coup de retard alors qu'on pourrait anticiper", regrette l'infectiologue. "Au début, on ne savait pas ce qui allait arriver. Maintenant, on sait: le virus mute, le virus se répand. Et dans des conditions où les gens s'agglutinent parce qu'il fait froid, forcément la vague monte".

"Le variant Omicron n'est pas une surprise"

Concernant le variant Omicron, l'expert ne se montre pas optimiste. "C'est un super-mutant: il a déjà plus de 35 mutations par rapport au variant delta", débute Nathan Clumeck. Et de poursuivre: "Le fait qu'il ait toutes ces mutations lui donne une capacité de se transmettre beaucoup plus, donc on peut s'attendre à ce qu'il y ait de nombreux cas maintenant. Les Sud-Africains ont l'air de sous-entendre que ces cas sont moins graves, mais je pense qu'il faut attendre de voir ce qu'il se passe chez nous. En Angleterre, il y a déjà des morts avec ce variant, donc ça veut dire qu'il faut protéger les gens: ceux qui ne sont pas vaccinés doivent le faire, et ceux qui le sont déjà doivent avoir la dose booster", insiste-t-il.

Si le professeur ne veut pas se prononcer sur une éventuelle date de fin de la pandémie de Covid-19, il voit toutefois l'arrivée de nouveaux médicaments d'un bon oeil: "Si l'on a des traitements qui sont efficaces, cela peut être un élément majeur qui raccourcirait considérablement les délais de la pandémie."

Il insiste également sur l'importance d'une cohésion internationale pour sortir de la crise: "Si l'on avait une attitude cohérente ne fut-ce qu'au niveau européen, on serait déjà beaucoup plus forts".

"Si le virus avait la capacité de rigoler, il rigolerait bien de la manière dont les humains se débrouillent".

L'expert déplore aussi le manque de cohérence au niveau belge: "Ces trois Codeco en quinze jours, cela n'a pas fait bonne impression sur la population". Selon lui, le secteur culturel est la première victime des décisions politiques: "On manque d'empathie, si pas de respect pour le monde de la culture".