Ancien avocat de Salah Abdeslam, Sven Mary a été interrogé sur plusieurs thèmes dans l'émission "Il faut qu'on parle" sur DH Radio. Des sujets qui font également l'objet de son prochain livre à paraître: "Sven Mary, l'avocat rebelle".

Le premier chapitre de son ouvrage est d'ailleurs dédié aux attentats du 13 novembre 2015 et à son ex-client Salah Abdeslam, qui occupent actuellement les devants de la scène puisqu'un procès se tient à Paris. "Les attentats, que ce soit ceux de Bruxelles ou de Paris, ont marqué nos pays et nos coeurs. Ce sont donc des procédures importantes", détaille Sven Mary, qui dévoile alors comment il en est arrivé à défendre Salah Abdeslam. "C'était vers le 18 mars 2016. J'ai été contacté par son frère via un SMS. Il me demandait si j'étais d'accord de prendre la défense de son frère qui était à ce moment-là arrêté après avoir été capturé à Molenbeek. Il ne m'a pas fallu longtemps pour dire oui mais il a fallu que j'en parle à deux ou trois personnes autour de moi pour avoir un go."


Il n'aurait jamais pensé que Salah Abdeslam sortirait du silence

Quand on lui demande qui est vraiment Salah Abdeslam, l'avocat répond: "Après avoir gardé un silence pendant presque cinq ans, force est de constater que depuis le 8 septembre, mon ex-client mène la danse à la cour d'assises parisienne en prenant - à raison ou à tort - la parole. Il se mue en leader des gens qui doivent comparaître. Alors quand je l'avais comme client, il a toujours été vindicatif mais je ne pouvais pas prévoir qu'il allait changer de la sorte aujourd'hui. Si j'avais été actuellement à Paris en tant que son avocat, je ne suis en tout cas pas sûr que ce soit comme ça que j'aurais voulu que ça se passe."


Questionné sur un passage de son livre où il évoque l'islam, Sven Mary tient à souligner: "Je ne rejette aucunement l'islam. C'est une très belle religion. Mais l'islam radicalisé, par contre, n'est pas compatible avec nos normes et nos valeurs". Quant aux personnes issues de la 3e et 4e génération de l'immigration, qu'il épingle dans son livre, Sven Mary insiste: "Il ne faut surtout pas généraliser. Mais force est de constater que lorsqu'on analyse nos prisons, il est plus facile d'avancer dans la vie quand on s'appelle Edouard, Pierre ou Paul que quand on s'appelle Mohamed, Farid ou Ali. C'est un constat."


Carton rouge pour le ministre de la Justice

Sven Mary a délivré son carton rouge à l'actuel ministre de la Justice, Mr Van Quickenborne. "Tout simplement parce qu'il souhaite faire - et l'initiative est certes bonne - exécuter les peines. Alors moi je dis ok mais dans la pratique c'est tout simplement impossible. Il se réfère à un modèle hollandais qui est un très bon modèle mais avec toute la différence qu'il y a pour les gens qui sortent de prison par la suite un suivi. En Belgique, il y a la nécessité de mettre en place un filet social et un meilleur accompagnement des détenus à leur sortie. Mais le ministre oublie que pour cela, il faut des moyens financiers. Et des moyens financiers pour la justice, il n'y en a pas. D'autre part, n'oublions pas que nous sommes toujours en surpopulation. Il va en falloir des prisons dès lors qu'on veuille exécuter à la lettre chaque peine."

Le procès Fortis? "Le moins sanglant mais le plus pervers"

Sven Mary, qui soutient une modernisation de la cour d'assises mais réfute sa suppression comme le voulait l'ex-ministre Koen Geens, est connu comme un procédurier hors-pair depuis 25 ans. Mais qu'est-ce qui a changé durant ces années? "La loi a surtout changé mais le métier pas vraiment", affirme l'invité de Maxime Binet. "Une des bases de notre état de droit, ce sont les règles de droit. Aujourd'hui, les règles de droit peuvent être bafouées sans aucun problème parce que la loi permet de corriger toutes les erreurs qui seraient faites."

Au sujet du procès Fortis, qui l'a fort marqué, l'avocat déclare qu'il s'agit pour lui "du moins sanglant mais du plus pervers. C'était une question d'importance de l'Etat, d'une grande banque et d'une espèce d'intrusion du pouvoir exécutif."

Fan d'Anderlecht, il défend Kompany et se verrait bien travailler dans le monde du football

Quant à son carton vert, Sven Mary l'adresse à Vincent Kompany. "Car le procès dont il nous parle à chaque fois est quelque chose de positif, dans mon club (NDLR: l'avocat a joué chez les jeunes au Sporting d'Anderlecht), un club qui connaît une période difficile. Mais Kompany essaie de faire avec les moyens du bord et de faire quelque chose de positif. Même s'il est critiqué par certains, je pense qu'il faut le laisser faire car il fait du bon boulot."

Dans son livre, Sven Mary dit qu'il se voit encore 8 ans comme avocat. Mais qu'en sera-t-il après? "J'aimerais tenter de trouver un certain chemin dans ce monde du football, sans être un manager de football. C'est un sport que j'aime et si je pouvais m'orienter professionnellement plus dans le droit sportif que dans le droit pénal, ça ne me déplairait pas."