Au bord de la crise de nerfs

Danièle, pathétique B.C.B.G. à la vie brisée, que Virginie Lemoine habite avec sérénité

BRUXELLES Omniprésente. Tous les jours de la semaine sur France-Inter avec des sketches dans Le fou du roi (11 h à 12 h 45), rendez-vous de Stéphane Bern, plus le dimanche sur les mêmes ondes dans Les agités du JT avec Yves Lecoq (de 10 à 11 h). Une fois par mois sur France 2 dans le rendez-vous de Clémence Arnaud Fous d'humour. L'été dernier en tournage à Arcachon et Bordeaux sous la direction de Patrice Martineau, pour un téléfilm sur les problèmes de poids... Enfin, depuis treize mois, dans la peau d'une demi-névrosée prénommée Danièle et façonnée par la plume du Britannique Alan Ayckbourn: Mariages et conséquences (v. ci-dessous). `J'ai beaucoup d'énergie grâce à une grande hygiène de vie. Je ne sors pas le soir, je vais tout de suite au lit après la pièce. Là, je suis fatiguée, donc je vais faire une sieste. C'est la clé de tout. Puis, je ne fume pas, je ne bois pas´, nous expliquait hier l'ancienne complice de Laurent Gerra qui dirige plutôt bien sa barque en solo, le cap sur la comédie.

Cette pièce adaptée par Claire Nadeau (dont vous retrouverez l'interview dans nos éditions demain) de passage au Centre culturel d'Auderghem et au palais des Beaux-Arts de Charleroi met en lumière un univers pour le moins dépressif: amis d'enfance ou prétendus tels reliés par des relations superficielles, couples mal assortis, trahisons, incapacité à communiquer, fatalisme, détachement par rapport à une vie vide, médiocre
`C'est assez sinistre, oui. Il y a une grande force d'inertie, un manque de communication et d'écoute. On ne sait pas toujours se couler dans le sentiment de l'autre. En même temps, on en rit car il y a un type d'atmosphère qu'on a tous connu un jour. Etre confronté à des gens à qui on n'a rien à dire. On rigole de l'écho que cela peut produire en nous. Ils sont des amis d'enfance, mais on a l'impression que ces personnes auraient pu être autres. Il n'y a pas quelque chose d'inéluctable dans leur relation. Ils se sont juste croisés par hasard. On peut rire de tout. Je trouve que c'est une pièce très audacieuse, parce que les protagonistes repartent quasiment dans l'état dans lequel ils sont arrivés. Entre eux, il ne s'est rien passé´

Retour aux sources

Dans cette cacophonie de l'insignifiance, d'une vie ordinaire stérile, le personnage de Danièle déteint par ses bonnes intentions. Une femme brisée à laquelle Virginie Lemoine prête le flanc de bon coeur. `Je l'aime beaucoup. C'est elle qui essaye d'être un peu à l'écoute. Elle fait un thé, elle tend des perches aux autres. Mais elle est trop brisée. Je préfère jouer des femmes ordinaires plutôt que des héroïnes. Il y a souvent ce type de personnage dans les pièces d'Ayckbourn, par exemple dans Une table pour six. Une femme B.C.B.G. qui a l'oeil qui se fendille très vite. Je mets pas mal de distance entre elle et moi, sans quoi je deviendrais névrosée. C'est un rôle qui m'aura appris la rigueur. Car cela ne fonctionne que si on le joue comme une tragédie.´

Formée au Conservatoire de Rouen en art dramatique, lancée sur le tremplin des planches avant de débuter à la télé ( Ainsi font font font de Jacques Martin sur France 2, Rien à cirer, Studio Gabriel, Faites la fête) et à la radio ( Le vrai faux journal, Rien à cirer), la comédienne retrouve le théâtre comme on revient aux sources. `C'est le lieu où l'on peut le mieux apprendre ce métier. Maintenant, je suis accro. J'ai goûté au fruit défendu Je vais d'ailleurs enchaîner avec une autre pièce anglaise qui se passe en temps réel, au Théâtre de la Michodière à Paris: Les désirs sauvages de mon mari m'ont presque rendue folle, dans une mise en scène d'Eric Civanyan ( Espèces menacées ). C'est tout à fait différent: un couple qui suit une thérapie très particulière parce que le monsieur n'a plus les manifestations physiques nécessaires pour contenter sa femme. C'est loufoque et drôle, mais tragique pour ceux qui le vivent. Là aussi, il faut le jouer comme un drame.´


La vie, quelle déprime!

Chronique d'une journée ratée et transparente autour d'une tasse de thé

BRUXELLES Un appartement clair et moderne, où la vie semble couler avec douceur. Lorsque surgit Danièle (Virginie Lemoine), dans sa robe écarlate ajustée, on comprend que le lieu est moins zen qu'il n'y paraît. Par des insinuations et des détours de langage kilométriques, elle tente d'arracher à Evelyne (Emilie Alibert), jolie mère indigne, inculte et vulgaire, des aveux: a-t-elle oui ou non une liaison avec Paul (François Berland, qui prend le relais de Gérard Rinaldi pour la tournée), son volage d'époux?

La réunion des amis d'enfance commence mal. Lorsque surgissent Paul, Marianne (Claire Nadeau), infirmière et doublure en titre de son malade chronique de mari obèse, Jean (Lionel Abelanski), mari névrosé d'Evelyne, rien ne s'arrange Tous sont là à la demande de Danièle, afin de réconforter un ancien ami commun récemment endeuillé, Clément (Eric Métayer). Mais comment rendre force et courage à quelqu'un à qui l'on n'a plus rien à dire?

Sous la plume d'Alan Ayckbourn, le genre humain en prend pour son grade. Misère sentimentale, superficialité, autisme, fuite devant la moindre évocation de la mort De ces silences, de cette médiocrité, devrait fuser le rire. Mais, bien souvent, la consternation l'emporte, voire l'agacement devant ce spectacle grinçant mais qui manque singulièrement de relief. Comme si un grain de sable s'était glissé dans la machinerie fragile, sur le fil du rasoir.

Et ce sans pour autant que l'interprétation soit en cause. Les personnages, tous plus caricaturaux les uns que les autres comme il se doit dans cette pièce , sont animés avec intelligence (en particulier ceux de Claire Nadeau et d'Eric Métayer). Mais le ballet déçoit.

Mariages et conséquences, d'Alan Ayckbourn, dans une mise en scène de Catherine Allary. Au Centre culturel d'Auderghem jusqu'au 16/12 à 20 h 30 et le 17/12 à 15 h 30 (rés.: 02/660.03.03). Au palais des Beaux-Arts de Charleroi le 19/12 à 20 h (rés.: 071/31.12.12).

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