De Gainsbourg à Gainsbarre

Pour la quatrième édition de sa biographie, Gilles Verlant a recueilli des témoignages inédits

BRUXELLES Biographe préféré et ami fidèle du chanteur et de ses proches, notre compatriote Gilles Verlant, établi aujourd'hui à Paris, en est à sa quatrième édition de son Gainsbourg. Un ouvrage qui sort à la veille du dixième anniversaire de la mort de l'artiste, qu'on célébrera le 2 mars 2001.

`Celle-ci est définitive´, nous promet-il. `La première édition est sortie en 1985 et depuis quinze ans, je n'ai cessé de prendre des notes, de recueillir de nouveaux témoignages, de collectionner des coupures de presse. Je continuerai à la faire parce que je suis journaliste et surtout un peu maniaque dès qu'il est question de Serge. Mais il n'y aura plus de nouvelle version de sa biographie. J'ai d'autres projets.´

Un appel téléphonique qui a interrompu notre conversation nous apprendra ainsi que Gérard Depardieu a confié à Gilles Verlant le soin de rédiger sa biographie.

Mais revenons à Gainsbourg. Autant l'écrire tout de suite, cette brique de 761 pages n'a plus rien à voir avec l'ouvrage illustré, paru en 1985.

`J'avais 27 ans à l'époque. Serge Gainsbourg était vivant. Il avait le double de mon âge. Il m'impressionnait et m'intimidait comme vous pouvez l'imaginer. Tous ces facteurs se ressentent dans la première biographie que je lui ai consacrée. Aujourd'hui j'ai 43 ans et il n'est plus là. J'ai souhaité approfondir le travail journalistique. Notamment sur sa descente aux enfers au début des années 80, après sa rupture avec Jane. Il me fallait sans doute le recul nécessaire pour y arriver. J'ai recueilli 180 nouveaux témoignages. D'autre part, j'ai souhaité gommer certains passages de la première édition. Ceux où j'étais trop familier avec le lecteur ou avec Serge Gainsbourg lui-même.´

Outre la période après Jane qui bénéficie d'un éclairage nouveau (on y apprend notamment que c'est Gérard Depardieu qui a hébergé Gainsbourg après sa rupture avec Jane), cette nouvelle biographie comprend un chapitre très détaillé sur les années d'occupation, durant lesquelles la famille Ginsburg, des juifs russes, a échappé presque par miracle aux persécutions nazies. `Pour ce chapitre sur lequel Serge est toujours resté très discret, j''ai été revoir sa soeur aînée Jacqueline. Surtout, j'ai retrouvé les lettres que Serge écrivait à ses parents en août 44. Serge, qui s'appelait alors Lucien Ginsburg, y racontait sa crainte d'être dénoncé par des miliciens pétainistes qui avaient, croyait-il, appris qu'il était juif. C'est la fille des fermiers qui ont caché les parents de Serge qui a retrouvé ces lettres enfouies dans une boîte à chaussures´

Six chansons inconnuesGilles Verlant n'hésite pas non plus à fournir des preuves et des témoignages qui cassent un peu le mythe de Gainsbourg. Contrairement à ce que Serge a toujours affirmé, Le poinçonneur des Lilas n'était pas la première chanson qu'il avait déposée à la Sacem, l'équivalent de notre Sabam.

Il en avait déjà écrit six autres. Trop mauvaises sans doute pour qu'il en parle par la suite Le lecteur apprendra aussi qu'il a débuté sa carrière en écrivant des chansons légères pour une revue de travestis. Ou aussi qu'au moins trois morceaux de son révolutionnaire album Gainsbourg percussions (en 1964) ont été pompés, quasi du début à la fin, sur un disque africain. Que demanderait Gilles Verlant à Serge Gainsbourg si celui-ci était encore vivant aujourd'hui? `Je lui poserais des questions sur son père. Il s'est très peu confié sur ce sujet et je pense que beaucoup d'options prises dans sa carrière trouvent leurs explications dans la relation qu'il entretenait avec son père. Sa notion d'art majeur et d'art mineur notamment.´

Gilles Verlant, Gainsbourg (Albin Michel), 761 pages. Environ 1.100 FB (27,27 ).

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