”Amsterdam” : Christian Bale, Margot Robbie et Robert De Niro dans une comédie policière et politique

Malheureusement privée de salles, cette comédie engagée de David O. Russell sort sur Disney +

Alain Lorfèvre
Harold (John David Washington), Burt  (Christian Bale) et Valerie (Margot Robbie) : un appétit de vie au service d'une grande cause.
Harold (John David Washington), Burt (Christian Bale) et Valerie (Margot Robbie) : un appétit de vie au service d'une grande cause. ©Disney+

Le docteur Burt Berendsen (Christian Bale) et l’avocat Harold Woodman (John David Washington) ont scellé une amitié infaillible dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Elle les a conduits jusqu’aux quartiers en déshérence de New York.

Leur serment de frères d’armes de veiller l’un sur l’autre ne les a pas empêchés de payer le prix fort au front. Le tribut est marqué dans leur chair. Mais il leur a valu de rencontrer Valerie (Margot Robbie), infirmière et, surtout, artiste avec laquelle ils ont vécu la bohème à Amsterdam, avant que Burt et Harold ne rentrent au pays aider ceux qui en ont besoin.

Quinze ans après la guerre, alors que de nouvelles ombres planent sur le monde, la fille de leur ancien officier, le respecté général Meekers, leur demande d’enquêter sur la mort soudaine de son père. Burt et Harold se retrouvent au beau milieu d’un complot contre l’Amérique.

Aréopage d’acteurs bankables

David O. Russell affectionne les films chorals. En dehors des blockbusters formatés, et depuis que la carrière de Woody Allen est entrée dans son quatrième âge, il est un des rares réalisateurs qui peut réunir un aréopage d’acteurs bankables ou de renom.

Défilent ici, outre le trio principal, Zoé Saldana, Taylor Swift, Michael Shannon, Mike Myers, Matthias Schoenaerts, Chris Rock, Timothy Olyphant, Rami Malek, Anya Taylor-Joy et, last but nos least, Robert De Niro. Excusez du peu.

Comme dans American Hustle, la destination de son intrigue importe moins à Russell que le voyage et les compagnons de route. Le dernier acte se jouera dans un contexte abracadabrantesque : un rassemblement de vétérans afro-américains, choix aussi peu probable pour les âmes damnées de l’intrigue qu’un concert de Beyonce ne le serait pour tenir un meeting politique de Trump. Mais l’essentiel, donc, est ailleurs.

Appétence

“J’adore observer les gens, comprendre ce qui leur donne leur appétit de vivre” disait David O. Russell en 2014 lors de la sortie d’American Hustle. L’appétence de vie de Burt, Harold et Valerie est la rage des survivants.

Les trois comédiens la traduisent avec l’amour pour leur art. Burt peut encaisser tous les coups possibles ou, même, se faire tirer dessus, Christian Bale ne perd jamais le sourire de celui qui, après avoir vu la mort en face, savoure chaque souffle avec effronterie.

David O. Russell défie les genres, à nouveau : murder mystery, film historique (les années 30 à New York, mais ce n’est pas Gatsby), comédie policière voire, et c’est peut-être la clé, politique. Car il y a un message, à peine masqué, comme les cicatrices de Burt.

En allant chercher dans l’Histoire des États-Unis un fait authentique mais oublié – y compris outre-Atlantique –, David O. Russell tend un miroir et délivre un avertissement à ses compatriotes. Après avoir vu le film, allez lire qui était Smedley Butler, modèle du personnage de Robert De Niro. Son avertissement conserve sa pertinence, si l’on en croit les récentes conclusions de la commission d’enquête du Congrès américain sur l’assaut du 6 janvier 2021 contre le Capitole.

Amsterdam Réalisation David O. Russell Scénario David O. Russell Avec Christian Bale, John David Washington, Margot Robbie, Rami Malek, Anya Taylor-Joy, Robert De Niro,… 2h14 Disney +


Smedley Butler et le “Business Plot”

Le général à la retraite incarné par Robert De Niro dans Amsterdam n’est pas une fiction, même si David O. Russell prend quelques libertés en le mettant en présence de personnages de fiction.

Vétéran de la Première Guerre mondiale, officier du corps de Marines, Smedley Butler a aussi dirigé plusieurs interventions militaires des États-Unis en Amérique latine (notamment au Honduras, au Nicaragua ou en Haïti où il a réprimé dans le sang la rébellion de 1915).

Décoré deux fois de la Medal of Honor, la plus haute distinction militaire des États-Unis, le général Butler fut, en son temps, très populaire au sein de l’armée et de l’opinion publique. Certains ont prédit à ce fils de parlementaire un destin politique.

Une marche sur Washington…

Smedley Butler a défrayé la chronique en 1934 lorsqu’il a affirmé avoir été approché par un certain Gerald P. MacGuire (agent de la firme Grayson M – P Murphy&Co, dont le fondateur était aussi un vétéran des interventions en Amérique latine). Il devait mener une manifestation à Washington à la tête d’une milice de 500 000 hommes, destinée à provoquer un coup d’État, à assassiner le président Franklin Delano Roosevelt et à instaurer un régime fasciste.

Butler a refusé et dénoncé le complot. Il a témoigné devant le Congrès. Selon lui, les complotistes étaient des industriels et des financiers. Butler a désigné la firme J.P. Morgan et des magnats de la sidérurgie ou du pétrole.

Commission d’enquête parlementaire

Echo de l’histoire avec les événements récents aux États-Unis, une commission d’enquête parlementaire a conclu que des conversations en vue d’une coupe d’État avaient bien eu lieu. Un autre officier, James E. Van Zandt, a confirmé les dires de Butler en affirmant avoir été lui aussi approché par les complotistes.

La Chambre des représentants a refusé de poursuivre les conspirateurs. Et les médias de l’époque, en partie propriété des magnats accusés, ont tourné le Business Plot en dérision, le qualifiant de canular (”hoax”, en anglais, terme très prisé de Donald Trump).

À la mort de Butler, l’affaire n’a été que brièvement mentionnée dans le portrait publié par le New York Times. Les historiens estiment généralement que Butler a dit la vérité mais que MacGuire ne représentait qu’une minorité. Ils accréditent le point de vue du maire de New York de l’époque, Fiorello La Guardia, qui a qualifié le complot de “putsch de salon” (cocktail putsch), sans réalité opérationnelle effective.

Le général des pacifistes

Butler s’est ensuite distingué en dénonçant l’aventurisme militaire des États-Unis, avec la publication en 1935 du livre War Is a Racket (La Guerre est un racket), l’un des premiers ouvrages décrivant le fonctionnement du complexe militaro-industriel (que dénoncera à son tour l’ancien général Eisenhower, devenu président).

”J’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme, a-t-il écrit en une relecture cinglante de sa carrière militaire. […] J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903.”

Comme on le voit dans Amsterdam, devenu retraité, Smedley Butler est devenu un conférencier prisé des réunions organisées par des vétérans, des pacifistes et des groupes religieux dans les années 1930.

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