La célèbre troupe canadienne de saltimbanques, le Cirque du Soleil, frappée de plein fouet par la pandémie de coronavirus, a annoncé lundi avoir demandé la protection des tribunaux contre ses créanciers pour tenter de se restructurer.

C’est un coup de tonnerre qui nous est venu de Montréal, au Québec. Ce lundi, le prestigieux Cirque du Soleil fondé en 1984 a été contraint de se placer à l’abri de ses créanciers et de signifier à ses quelque 3480 salariés qu’ils sont licenciés. La faute à la pandémie de Covid-19 qui a obligé le groupe à fermer ses 44 spectacles dans le monde depuis la mi-mars, mais aussi à une dette colossale avoisinant les 900 millions de dollars qui n’est pas supportable sans les rentrées régulières en provenance des shows, notamment ceux de Las Vegas. Il y en avait six (The Beatles LOVE, KÀ, Michael Jackson ONE, O, Mystère et Zumanity). À eux seuls, ils représentaient 35 % des revenus. Tout cela sans compter l’échec de R.U.N., le septième spectacle qui venait d’être lancé, toujours dans la capitale américaine du jeu, et qui avait fermé boutique après seulement quatre mois, faute d’avoir trouvé son public.

En se plaçant sous la protection de la législation canadienne des faillites, l’institution espère pouvoir restructurer sa dette et relancer ses activités de divertissement. Mais cela ne se fera pas sans l’injection d’importants capitaux. Les autorités québécoises ont déjà consenti un prêt de 200 millions de dollars, tandis que les propriétaires du Cirque, le fond texan TPG Capital, le groupe chinois Fosun et la Caisse de dépôt et de placement du Québec, devront mettre 100 millions de dollars de leur poche.

Et ce n’est pas tout. Une vingtaine de millions de dollars supplémentaires sont aussi nécessaires pour rémunérer le personnel de la compagnie et des prestataires indépendants réclamant des impayés.

D’après le quotidien québécois Le Devoir, plusieurs groupes seraient intéressés par l’acquisition du Cirque du Soleil. L’actuel président, Daniel Lamarre, a avancé les chiffres de cinq à six. Le nom du nouveau propriétaire ne sera pas connu avant la mi-septembre, a-t-il ajouté. Et celui-ci détiendra alors 45 % du Cirque.

Un encombrant sauveur potentiel

Mi-mai dernier, Guy Laliberté, le fondateur du Cirque, avait exprimé sa volonté de voler au secours de l’entreprise et ce quelques semaines seulement après avoir désinvesti totalement de celle-ci. Il ne serait pas seul pour cette opération. Dans son édition du 18 juin, Le Journal de Montréal cite le nom de Franco Dragone parmi les partenaires intéressés. Mais il y a un hic. Si le Belge fait partie des metteurs en scène historiques de la compagnie, son nom est aussi cité dans un dossier de fraude fiscale dont le montant serait de quelque 30 millions de dollars. C’est ce qu’indiquait Le Vif à la mi-juin, réquisitoire du ministère public à l’appui. Toujours selon l’hebdomadaire, l’affaire se doublerait d’une tentative de corruption envers un organisme public, la SRIW, la Société régionale d’investissement de Wallonie. Voilà qui pourrait sérieusement compromettre les plans de Guy Laliberté.

Dès l’arrêt des principaux spectacles de la compagnie voici trois mois, les premières rumeurs de faillite ont commencé à circuler, jamais démenties ni confirmées par la direction. Début avril, l’agence de notation Moody’s, qui analyse la solvabilité des entreprises, avait évoqué un risque de défaillance élevé.

Maintenir les spectacles

Qu’en est-il des spectacles programmés. L’idée est qu’ils aient lieu a indiqué le Cirque du Soleil aux différents promoteurs impliqués. Deux étaient prévus chez nous. Du 12 au 22 mars, Corteo devait être donné à la Lotto Arena d’Anvers. Il a été reporté au mois de juin 2021. Il n’est, pour l’heure, pas question de l’annuler. Par contre, Kooza, qui devait s’installer du 22 octobre au 27 novembre à Brussels Expo, n’aura pas lieu à cause de la pandémie.