Après 40 ans d’existence, la marionnette belge polémique fera ses adieux à la scène en 2017.

Il a bercé toute une génération de petits mais également de grands, c’était d’ailleurs une de ses qualités fondamentales, être aimé d’un large public. Aujourd’hui, après 40 ans d’existence - il a vu le jour en décembre 1975 -, nous apprenons que la célèbre marionnette belge au franc-parler arrêtera définitivement la scène l’année prochaine : "Tatayet fera ses adieux à la scène en début 2017", nous confirme son créateur et marionnettiste depuis toujours Michel Dejeneffe, qui a décidé de se consacrer pleinement à des activités de formation en ventriloquie. "La ventriloquie demande énormément d’efforts, surtout dans le spectacle contemporain. J’ai quand même 67 ans… Je vais donc me consacrer à la formation de jeunes acteurs du spectacle vivant, ce que je fais depuis cinq ans, et cela m’empêchera de faire du spectacle sur scène."

Cela veut-il dire que l’on ne vous verra plus non plus à la télévision ?

"Exactement. Cela pourrait arriver de faire une apparition ou l’autre dans le spectacle contemporain mais c’est tout…"

Arrêter l’aventure Tatayet ne doit pas être facile pour vous…

"Ce n’est pas facile, c’est vrai. Mais je suis vraiment très enthousiaste à l’idée de m’adonner totalement à mon travail dans le théâtre contemporain. J’y ai appris énormément de choses. Au fond, je ne suis pas vraiment triste d’arrêter la scène avec Tatayet. Il est toujours là, à la maison. Je le manipule toujours de temps en temps. Il ne m’a pas quitté…"

Quelqu’un d’autre ne pourrait-il pas prendre la relève ?

"C’est assez difficile parce que Tatayet fait partie de moi. Il est une partie de mon âme. Je vois mal quelqu’un reprendre le flambeau avec les mêmes intentions."

Existe-t-il plusieurs exemplaires de Tatayet ?

"J’en ai fait faire plusieurs, oui. Avant tout pour éviter de se retrouver dans une malheureuse situation de vol ou de perte. Mais c’est toujours le même personnage qui travaille depuis des années. Il n’y a toujours eu qu’un seul Tatayet. Il a été, au fil du temps, abondement restauré car à force d’être utilisé, Tatayet a vieilli. Une marionnette se détériore très vite à cause de la transpiration, de la mécanique, etc."

Est-ce que Tatayet demande un entretien particulier ?

"Je le garde précieusement dans un étui qui comporte une aération pour qu’il puisse respirer. Il est disposé dans une pièce à l’abri de toutes les attaques de température, une pièce chauffée et contrôlée, un peu comme une cave à vins…"

Est-ce qu’aujourd’hui vous vivez encore de Tatayet ?

"Je vis toujours de Tatayet, notamment grâce aux spectacles que je continue de faire pour l’instant. Mais dans quelques mois, ça changera, c’est certain. Je ne vis cependant pas beaucoup des produits dérivés car il n’y en a jamais eu énormément. Les choses ne se sont pas mises naturellement en place, c’était aussi une volonté de ma part.".

Est-ce qu’avec le temps, Tatayet a adopté un ton plus mordant ?

"Tatayet a toujours été polémique dans les Tatayet shows ou dans les émissions de Patrick Sébastien mais dans les spectacles de scène, il y avait assez peu d’humour politique. C’était plus des spectacles construits sur les rapports qui nous unissaient. Niveau maturité, je pense qu’il est resté comme il était. D’autres personnages que l’on retrouve dans le dernier spectacle en famille (et qui tireront également leur révérence avec Tatayet, NdlR) ont la réputation d’être beaucoup plus mordants que Tatayet. Lui reste confiné dans la tendresse."

Aujourd’hui, vous reconnaît-on dans la rue comme étant le papa de Tatayet ?

"Non, on ne me reconnaît pas. Ça a toujours été un gros atout pour moi. J’ai adoré la notoriété de Tatayet mais ça m’a permis de me cacher derrière et de ne pas être impliqué au premier chef. Je préfère être dans l’ombre, être le ventriloque de Tatayet. Je pense d’ailleurs qu’un bon ventriloque doit s’effacer derrière sa marionnette…"

Comment Tatayet est-il né ?

"On donnait souvent des spectacles dans les maisons de retraite et les orphelinats avec la troupe de théâtre Les Tontons. Un jour, une pensionnaire m’a donné une fourrure parce qu’elle ne savait plus quoi en faire. C’est avec cette fourrure que j’ai créé, plus tard, Tatayet… en une nuit ! Dès que j’ai vu le tissu, le personnage a existé toute suite, c’était évident."

D’où vient son nom ?

"Quand j’étais plus jeune, une petite fille venait toujours chez mes parents. Elle était tellement petite qu’elle ne savait pas appeler ma maman tante Henriette. Donc, elle l’appelait Tatayet. J’ai donc inconsciemment donné le nom de ma mère au personnage( sourire) ."

Vous attendiez-vous à un tel succès après la création de Tatayet ?

"Non, parce qu’au départ, Tatayet avait intégré la troupe avec d’autres marionnettes. Il était d’ailleurs manipulé par une autre personne et ça me frustrait un peu… Puis, je l’ai manipulé moi-même. Il est, en quelque temps, devenu la coqueluche des endroits où j’allais. C’est à partir des émissions pour enfants de Pauline Hubert que tout a commencé. Au départ, Tatayet n’avait qu’une tête et un bras. Après quelques mois de cabaret à paris, on m’a suggéré d’y mettre un corps, ce que j’ai fait en lui ajoutant des chaussures (sourire) ."

Au cours des années 80’, vous occupiez une place prédominante sur la RTBF avec le Tatayet Show. Quelles sont les raisons qui vous ont amené à ne plus collaborer avec le service public ?

"C’est toujours difficile à savoir… La production voulait arrêter la production du Tatayet show en pleine gloire et voulait orienter les choses différemment. Ça s’est donc arrêté après six années alors que je pense qu’on aurait pu encore continuer. Finalement, le souhait de la production et de moi-même était de mettre un terme aux émissions. J’avais une grosse tournée en préparation et je m’y suis consacré. Les choses se sont finies comme ça. Ça n’a jamais été un drame. Je me souviens, par contre, d’un petit différend qui impliquait la RTBF. Le directeur de la RTBF de l’époque avait dit à Tatayet qu’il avait exagéré dans ses propos. Tatayet avait donc souhaité lui répondre dans une lettre manuscrite publiée dans la DH . C’était un scandale à petite échelle."


"Tatayet est un peu passé de mode"

"Ces dernières années, le nombre de ventriloques a explosé. Alors que, pendant des années, la ventriloquie était vraiment considérée comme un art mineur, voire ringard. Aujourd’hui, les acteurs du spectacle contemporain voient les possibilités d’exploitation de cette technique", explique Michel Dejeneffe, qui ne pense plus que Tatayet soit dans le coup... "Tatayet est un peu passé de mode. Maintenant c’est beaucoup plus  hard  du point de vue polémique. Les marionnettes d’aujourd’hui ont un humour plus vitriolé. Je reste toutefois persuadé qu’on peut dire moins de choses maintenant qu’à l’époque. Tatayet ne va pas changer pour s’adapter à l’époque, il reste fidèle à ce qu’il est. Je pense que tout n’est pas perdu. Les choses reviendront, ne fût-ce qu’au niveau du personnage seul, donc sans moi."

Michel Dejeneffe suit tout de même ce que font les ventriloques actuels et apprécie leur humour piquant : "Je trouve qu’il y en a de très bons. Ils utilisent convenablement le créneau de l’humour d’une marionnette. Et, c’est un créneau extrêmement dangereux parce que ça ne plaît pas à tout le monde. Les gens à qui Tatayet s’adressait riaient parfois jaune. Et ça peut obliger les producteurs à se séparer de vous…"

Tatayet a d’ailleurs connu plus d’une prise de bec lors de sa carrière à la télévision : "Certains hommes politiques quittaient le plateau de télévision furax. La production avait souvent des réclamations parce qu’on trouvait que Tatayet avait dépassé les bornes ", confie le ventriloque à qui les critiques ne faisaient ni chaud ni froid. "À partir du moment où c’est juste, dans le ton du personnage et qu’il n’y a pas d’implication personnelle, je trouve ça normal, je fais mon travail de ventriloque. Je n’ai jamais regretté ce que Tatayet pouvait dire à condition que ce soit vraiment duTatayet et pas une attaque personnelle."