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On assiste à une nouvelle passe d’armes entre Google et la presse européenne (éditeurs, journalistes, photographes...). Cette fois, l’épicentre des tensions se situe chez nos voisins français. Mais c’est bien toute l’Europe qui est concernée par le conflit.

Si la France concentre l’attention, c’est dû à l’entrée en vigueur, ce jeudi 24 octobre, de la directive européenne sur la réforme du droit d’auteur et l’instauration d’un droit voisin – droit de propriété intellectuelle, voisin du droit d’auteur, qui vise à protéger juridiquement les productions éditoriales en ligne – dans la législation française. Très active dans la défense du secteur de la création, la France est le premier pays de l’Union européenne à avoir transposé la directive adoptée en mars par le Parlement européen. Faute de gouvernement fédéral, le dossier est au point mort en Belgique.

Ultimatum

Avec l’entrée en vigueur de la directive, la presse française est en droit de négocier des licences rémunérées contre l’utilisation de ses contenus par des plateformes technologiques. La première d’entre elles est Google. Pour une grosse majorité des internautes, le moteur de recherche américain est en effet la porte d’entrée donnant accès aux contenus journalistiques.

On s’attendait à ce que Google rentre en négociation avec les éditeurs de presse français pour conclure des contrats de licence. Il n’en est rien ! Le géant californien refuse, comme il le fait depuis de nombreuses années, l’idée même de rémunérer des contenus d’information qu’il utilise pour alimenter son moteur de recherche et générer de plantureux revenus publicitaires.

Google a donc envoyé un ultimatum à tous les éditeurs de presse français: soit ils acceptent de lui octroyer une licence gratuite sur leurs contenus, soit Google ne les référencera plus !

Comme le confie un éditeur belge, ce n’est pas tout d’avoir des droits, encore faut-il être en position de négociation permettant de les exercer… En refusant de s’inscrire dans la logique économique de la nouvelle directive européenne, Google soulève une nouvelle question, qui est celle de son pouvoir quasi absolu sur le marché des moteurs de recherche. “Il faut s’attendre à ce que le débat se déplace sur le terrain de la concurrence, prédit notre interlocuteur. Comment les autorités politiques et de la concurrence vont-elles traiter la question de l’indispensable équilibre entre les géants de l’Internet, quasiment tous américains, et les acteurs économiques, dont la presse?”

Contre-attaque

Du côté des éditeurs et journalistes français, l’intransigeance de Google a poussé de nombreux médias à publier, ces jours-ci, une tribune intitulée “Google une fois de plus au-dessus des lois ?

Déjà soutenue par 700 signataires, elle appelle à une contre-attaque des décideurs publics nationaux et européens, qui doivent “muscler les textes pour que Google ne puisse plus les détourner et utiliser tout l’arsenal des mesures qui permettent de lutter contre l’abus de position dominante”.