-En trente ans, la Toile, qui a vu le jour en 1989, s’est invitée dans tous les domaines de notre existence, rendant le spectre des possibles inimaginable. Déploiements, progrès et innovations sont si rapides que suivre la tendance s’avère parfois impossible, même pour les spécialistes. Il arrive que l’avenir que l’on pensait encore lointain soit en réalité un présent déjà presque dépassé. Prenez l’exemple des voitures dites autonomes. Concentré de technologies, cela fait des années qu’elles engloutissent des millions de kilomètres d’essai pour valider leur fiabilité, que ce soit en Californie, dans les pays du nord de l’Europe ou ailleurs encore. Et pourtant, ils sont toujours nombreux à croire qu’un véhicule qui roule tout seul, sans qu’un être humain en contrôle directement la direction ou la vitesse, relève du domaine de la science-fiction. Et que dire alors des taxis aériens qui se profilent à l’horizon !

L’avènement de ce nouveau monde fait à la fois rêver et peur. Rêver parce que les progrès, souvent spectaculaires, peuvent nous faciliter la vie. L’information et la connaissance, par exemple, n’ont jamais été aussi accessibles. Pour le meilleur et pour le pire aussi, malheureusement. Et la pandémie de Covid-19 le démontre parfaitement, avec son flot continu de fake news instantannément accessibles et relayées à qui mieux-mieux via les réseaux sociaux. Ou encore, la mise en évidence que la fracture numérique reste une réalité bien présente dans nos sociétés dites favorisées. Combien de familles, ici, en Belgique, n’ont pas été confrontées au problème quand il s’est agi de suivre l’école à la maison en raison du confinement ?

Tout aussi grave et inquiétant, nos vies se trouvent également sous surveillance. Quoi que nous fassions, de la simple consultation de sites sur notre ordinateur à nos achats en e-commerce en passant par nos courses en magasin, nous sommes tracés en permanence, que ce soit par Google, par notre smartphone, par notre carte de banque et même par notre carte d’identité devenue carte de fidélité chez nos commerçants préférés. Notre si inoffensif écran de télévision, connecté, peut aller jusqu’à révéler notre intimité à l’insu de notre plein gré grâce aux commandes vocales ou à la caméra qu’il intègre. Le Big Brother de 1984 de George Orwell est une réalité, il ne faut pas se voiler la face. D’autant que le flux de données généré par les appareils connectés ne cesse de croître et constitue une ressource aujourd’hui monétisable et donc, hautement précieuse.

Et que penser enfin de ces machines qui, désormais, communiquent entre elles, sans l’intervention de l’homme, et pourraient un jour se révolter contre l’humanité pour la supprimer comme le suggérait l’auteur tchécoslovaque Karel Capek au début du XXe siècle ?