Jacqueline Bir: 50 ans de scènes

Divers

Propos recueillis par Isabelle Blandiaux

Publié le

Jacqueline Bir: 50 ans de scènes
© Frédéric Sablon
Jacqueline Bir, fringante jubilaire à la carrière foisonnante

BRUXELLES Lundi soir, au Théâtre du Parc, en marge de la projection du court métrage Coup de vieux (pour un duel avec son fils Philippe Volter) signé Serge Simon, un fervent hommage a été rendu à Jacqueline Bir, comédienne omniprésente sur les planches depuis... cinquante ans. `Surtout une bonne occasion de se réunir, d'entremêler des gens qui se côtoient peu, ceux du théâtre et du cinéma´, explique la grande dame pour qui les rencontres et les aventures humaines sont prépondérantes. `C'est ce qui m'a le plus intéressée au cours de toutes ces années. Créer des liens avec des acteurs, des décorateurs... De manière très approfondie, car dans ce métier, tout est très serré. Parce qu'on va gratter parmi les choses les plus secrètes.´

De vocation, il s'agit bien pour cette amoureuse des belles lettres. `Je le suppose, du moins. Car j'ai envie de faire ce métier depuis que je suis toute petite, or je ne suis pas d'un milieu ( ses parents étaient agriculteurs à Oran, en Algérie, ndlr) où cela se pratiquait. C'est peut-être né d'un besoin de m'exprimer; c'est une façon de pratiquer la psychanalyse. J'estime très important de se pencher sur l'autre, par lequel on apprend sur soi-même.´

Au fil d'un parcours aussi dense, touffu, contrasté, Jacqueline Bir a eu matière à fouiller les recoins de l'être humain. `C'est peut-être pour ça qu'on me fait la fête aujourd'hui. J'ai eu la chance d'aborder un répertoire très diversifié. Je ne suis pas restée enfermée dans mon état de Jacqueline Bir. J'ai pu me glisser dans la peau de tas de personnages et prendre pour moi des textes magnifiques.´ S'il fallait retenir quelques illustres figures de la scène qui l'ont transfigurée? `J'ai de merveilleux souvenirs et la liste est trop longue. Je dirais Agrippine dans Britannicus (Racine), Madame de Merteuil dans Les liaisons dangereuses (Choderlos de Laclos), Qui a peur de Virginia Woolf? (d'Edward Albee), Un Otage (de Brendan Behan)... Mais tous les rôles sont importants dans ma tête. Ce sont comme des pierres que l'on met sur son chemin...´

A 68 ans, l'actrice débarquée en Belgique en 1957 est attirée vers des compositions plus stylisées. `J'ai joué beaucoup de personnages prépondérants, de grands caractères. J'aimerais aller vers quelque chose de plus simplifié, ramené, intérieur. La finesse et la nuance m'intéressent avant tout aujourd'hui.´ Et témoigne d'un chauvinisme culturel qu'elle brandit comme un vaillant étendard. `Les acteurs belges ont toujours très bien travaillé´, analyse-t-elle. `Le vivier est magnifique en Belgique. Mais la difficulté est qu'il faut souvent trop travailler, car les séries, sur scène, ne sont pas assez longues. Les comédiens ne gagnent pas leur vie avec une pièce par an chez nous! En même temps, c'est un très bon exercice de passer d'un projet à l'autre. L'époque des comédiens à l'année est révolue. Je crois qu'il serait bon de monter de grosses compagnies pour pouvoir monter de grosses productions. Afin de se mettre en danger, d'aller de l'avant... Je me sens plus chauvine pour la Belgique que beaucoup de Belges, sur le plan culturel. Les Français viennent régulièrement travailler chez nous, mais ce n'est pas souvent réciproque. Ils ne sont pas aussi accueillants. Il faut que l'Europe s'installe tout doucement.´


© La Dernière Heure 2002

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