L’Euro 2000 aura été le prétexte pour se lancer dans une nouvelle aventure.

Le projet aura mûri progressivement pendant deux ans avant d’être porté sur les fonts baptismaux. Pourquoi ne pas relancer un septième jour de parution pour la DH ?

Daniel Van Wylick, le rédacteur en chef, et Michel Marteau, le rédacteur en chef adjoint; étaient tentés de se lancer dans cette nouvelle aventure. Et cela trois ans à peine après avoir osé lancer le premier journal au format tabloïd de la presse francophone belge. À chaque fois, les oracles annonçaient des expériences sans lendemain. Ils se sont trompés.

Daniel Van Wylick aimait rappeler que la presse écrite paraissait historiquement tous les jours et que le dimanche était le jour par excellence où le lecteur avait le plus de temps pour lire. C’était aussi très régulièrement le jour où les journaux, plus volumineux, se vendaient le mieux.

"Je connaissais la problématique du journal du dimanche pour avoir débuté dans la profession à Dimanche Presse avec Jean-Léon Wauters et d’autre part, Patrice le Hodey a été copropriétaire de Dimanche Presse avec Stéphan Jourdain. J’ai travaillé sur le projet pendant deux ans en 1998 et 1999, et la direction générale m’a donné le feu vert en 2000", expliquait Daniel Van Wylick à Christian Hubert, ancien rédacteur en chef du journal Les Sports et auteur d’un ouvrage sur l’histoire de La Dernière Heure (*).

Pour ce qui allait devenir "La DH du Dimanche", La Dernière Heure - Les Sports avait un atout majeur, c’était - et c’est toujours - la référence sportive. Or, la journée du samedi était souvent riche en compétition sportive et le paysage de la presse dominicale belge était désertique depuis la disparition de l’hebdomadaire payant "Dimanche matin".

Les Diables comme parrains

Si la décision du lancement fut assez facile à prendre, si le nouveau-né avait été accueilli très favorablement par la rédaction et le conseil d’administration, il fallait encore tout mettre en place pour que ce projet devienne réalité. "L’intendance suivra", disait Napoléon et martelait le rédac Chef adjoint de l’époque.

Daniel Van Wylick, lui, rappelait dans son entretien avec Christian Hubert : "Il y avait beaucoup à faire. Jamais jusque-là, un quotidien avec toute son infrastructure n’avait osé s’attaquer à un tel projet".

Et en effet, les écueils étaient innombrables. Si la Belgique entière faisait la fête le dimanche 12 juin pour la victoire de la Belgique contre la Suède lors du match d’ouverture de ce championnat d’Europe de football coorganisé par notre pays et les Pays-Bas, si l’ensemble - ou presque - de la presse avait décidé de marquer le coup pour cet événement historico-sportif, il en allait tout autrement le dimanche suivant. Les points de vente se réduisaient comme peau de chagrin, la distribution n’était plus assurée par les services habituels. Même les photos des compétitions sportives belges n’étaient pas envoyées aux rédactions. C’est qu’en juin 2000, Internet étaient encore balbutiant. Le site DH. be n’avait que quelques semaines quand la "DH du dimanche" a vu le jour. L’info en continu apparaissait encore comme une chimère ou un luxe réservé à quelques grands médias internationaux.

Le premier journal du dimanche passé, si l’édition dominicale de la DH voulait s’imposer, ou simplement survivre, il allait donc falloir mettre en place tout un nouveau système : de la mobilisation de la rédaction (les journalistes sportifs étaient déjà sur le pont mais ils ne devaient pas écrire immédiatement) et de l’imprimerie, à la mise sur pied d’une toute nouvelle équipe de distribution et, évidemment, à la création d’un circuit de points de vente.

En effet, la grande majorité des libraires belges profitaient du dimanche pour souffler. Une mini-équipe fut donc mise sur pied pour démarcher toutes les enseignes qui pouvaient accueillir le journal le dimanche matin, comme les boulangeries, les commerces, les stations-service, les night-shops, etc... Plus de 2.300 points de vente ont été répertoriés début 2004.

Le succès fut assez rapidement au rendez-vous, poussant la concurrence à chercher à se lancer sur ce marché avant de devoir déchanter en constatant qu’il n’y avait pas de place pour deux quotidiens le dimanche et que cette seule place était prise par la DH. Cette concurrence allait devoir revenir à la charge avec un journal gratuit.

"La DH du dimanche" a donc réussi la gageure de s’imposer comme un vrai journal payant et peut souffler aujourd’hui ses vingt années d’existence.

Kim, Justine, Greg, Nafissatou

Vingt années marquées par des grands rendez-vous sportifs comme, évidemment, le sacre de Justine Henin, le 7 juin 2003, sur la terre parisienne de Roland Garros. Une finale 100 % belge, 100 % noire-jaune-rouge, sous les yeux du roi Albert II, de toute la famille royale et du gouvernement belge. Un souvenir inoubliable mais pas unique avec Justine Henin et Kim Clijsters. Quatorze mois plus tard, en effet, le samedi 21 août 2004, la "Demoiselle de Rochefort" décrochait la médaille d’or aux Jeux Olympiques d’Athènes.

Justine empochera six autres levées du Grand Chelem, jouées des samedis. Kim, de son côté, nous gratifiera aussi de quatre victoires en Grand Chelem, tous décrochés à l’US Open ou en Australie, ce qui obligera la rédaction de la "DH du Dimanche" a veillé tard, très tard. Trop tard, même parfois. Mais elle s’était organisée pour mettre les petits plats dans les grands pour ces occasions exceptionnelles.

La "DH du Dimanche" a aussi pu célébrer, plus récemment, la médaille d’or en cyclisme de Greg Van Avermaet le samedi 6 août 2016, une semaine jour pour jour avant le sacre de notre heptathlonienne namuroise Nafissatou Thiam.

Autant de rendez-vous sportifs que la rédaction de la "DH du Dimanche" a pu suivre en direct.

Le Royal bisou

Mais si le sport demeure une valeur forte de la "DH", la "DH du Dimanche" a toujours voulu couvrir tous les évènements du samedi, comme elle le fait au quotidien les autres jours de la semaine.

Un des événements les plus marquants fut sans conteste la mort de Jean-Paul II. On savait que le Souverain pontife était souffrant mais quand la première dépêche est tombée, en fin d’après-midi, quelle poussée d’adrénaline, ce 2 avril 2005. La rédaction s’est alors mobilisée comme un seul homme pour revenir à la rédaction couvrir ce moment historique.

Il y eut encore ce dimanche 21 juillet 2013. La "DH du Dimanche" pouvait rendre un tout dernier hommage au roi Albert II qui avait décidé d’abdiquer au profit de son fils le prince Philippe en ce dimanche de fête nationale encore plus marquant que les autres années.

Un journal pour toute la famille

La "DH du Dimanche" a toujours cherché à être un journal comme les autres tout en sachant qu’il était différent et en travaillant cette différence.

Car le dimanche, le temps de la lecture est évidemment différent de celui de la semaine. La "DH du Dimanche" s’achetant généralement en même temps que le petit-déjeuner, la direction et la rédaction ont toujours cherché à offrir un journal qui pouvait se partager en famille. Des pages de jeux sont rapidement apparues au même titre que le programme télé de toute la semaine. C’est ainsi que la "DH du Dimanche" a vu naître dans ses pages le magazine "Télé DH", premier vrai magazine télé distribué gratuitement en Belgique avec un quotidien.

Vingt ans plus tard, plus de 1.000 rendez-vous après le début du championnat d’Europe de football, la "DH du Dimanche" (qui a même été publiée un temps sur un papier rose, pour distinguer l’édition dominicale de celle du samedi dans les points de vente ouverts les deux jours) est toujours bien là et demeure une exception dans le paysage médiatique belge francophone.

(*) Christian Hubert : De la première à La Dernière Heure, Les cent ans d’un journal pas comme les autres, Ed. Luc Pire.