Divers Les nuits du lundi à mardi ne sont pas de tout repos pour Marc Deriez qui préside à la destinée de Paris Match Belgique

Cas unique sur le marché, Paris Match Belgique est la seule édition nationale de Match dans le monde. Trois journalistes appointés seulement, des collaborateurs indépendants et des photographes de talent : c’est la recette du rédacteur en chef, Marc Deriez, pour donner à cette version belge son piment et son identité. "Chaque semaine arrivent tous les sujets que font les Français et que je choisis en fonction de l’affinité, de l’importance, du nombre de page, de l’actualité belge, etc., explique-t-il. Pour offrir, à la fois, le meilleur de l’actualité de Paris Match et le meilleur de ce que nous avons en Belgique. La règle, c’est d’avoir le même ADN que la France, c’est-à-dire l’exclusivité des sujets et des images, les photos panoramiques, les enquêtes sur le terrain. Le but n’est pas de tout faire mais que, ce que l’on traite, les gens s’en souviennent. L’illustration de ce succès, dans un marché qui est un peu difficile aujourd’hui, c’est que les gens disent ‘Je l’ai lu dans Paris Match’. Ce que l’on fait, on le fait avec une forme d’excellence, une émotion que l’on crée chez les gens."

Est-ce qu’il arrive que des sujets belges "montent" dans l’édition de Paris Match France ?

"La France étant évidemment beaucoup plus grande que la Belgique et la rédaction française touchant tout l’international, il faut pour cela des événements d’envergure internationale. Philippe qui monte sur le trône, une grande disparition, quelque chose qui marque vraiment les gens. Pour citer un exemple joyeux et un autre triste, ils ont consacré une couverture à Eddy Merckx, qui était quand même un coureur belge qui faisait la nique aux Français et, à côté de ça, ils ont fait une couverture sur la tragédie de l’Innovation en 1967. Ça montre combien ce qui compte, c’est d’apporter aux gens ce qu’ils ne voient pas ailleurs."

C’est une belle preuve de confiance, de la part de Paris, de vous confier, semaine après semaine, les "clefs de la boutique"…

"Elle est venue progressivement, parce que c’était un succès et qu’ils se sont dit qu’il fallait continuer dans cette voie. Le regretté Bruno Lesouëf, qui est à l’origine de la création de Paris Match Belgique , m’a toujours expliqué: ‘Il faut que tu oses ce que nous n’osons pas.’ Il disait que, grâce à la Belgique, on pouvait apprendre des choses et ça, c’est extrêmement boostant. Dans les réunions de rédaction, j’essaie d’arriver avec des sujets pour lesquels je sais qu’il y a un ressenti émotionnel très fort et on essaie d’innover. Quand nous avons lancé I Like Belgium, il y a cinq ans - cette grosse opération qui met l’accent sur les valeurs belges, dans tous les domaines - j’avais proposé de faire la même chose en France ! Ils m’avaient dit qu’ils n’étaient pas sûrs mais que je devais essayer en Belgique !"

Comment décidez-vous de reprendre - ou pas - une Une française ?

"Chaque semaine, on repart d’une page blanche. Et puis, il y a l’actualité, ce que mes journalistes font, les enquêtes, etc. Depuis le jeudi, je sais, plus ou moins, ce que va faire la France mais cela peut être bouleversé jusqu’au dernier moment. Disons que la nuit du lundi au mardi est celle de la profonde réflexion, où je me demande ce qui va plaire aux Belges, comment on va les surprendre, comment on va créer l’émotion ? Souvent, je crée une couverture belge et j’ouvre une fenêtre sur la Une française. Parce que l’excellence française existe et il ne faut pas s’en séparer. Mais la couverture reste le vecteur le plus fort et c’est vraiment une question de sensibilité."

Est-ce que, comme en France, l’actualité people est plus difficile à traiter, aujourd’hui chez nous ?

"Disons que le milieu a énormément changé. Ce qui pollue un peu les relations entre le magazine et les stars, c’est la cohorte d’agents qui compliquent les choses. Heureusement que Paris Match peut se baser sur une histoire extraordinaire qui fait que beaucoup d’amitiés sont nées. Il suffit de voir les photos de Delon et Belmondo : personne ne peut faire ça à part Match . Il faut être ami avec la vedette pour obtenir des sujets comme ceux-là et ça, c’est l’histoire de Match qui nous le permet. En Belgique, ce qui joue plus, c’est la proximité que l’on peut avoir avec les gens. Et surtout le fait de ne les avoir jamais trahis. Nous attendons le bon moment, nous avons les bonnes démarches pour qu’ils nous parlent. On ne fait pas tout et n’importe quoi. Il vaut mieux avoir l’exclusivité de quelque chose plutôt que de bazarder des informations ou réagir sur des photos de paparazzi qui ne vont rien apporter mais qui, au contraire, vont desservir nos relations avec les gens."

Gilles Martin-Chauffier nous confiait que la rédaction de Paris Match, ce n’étaient "que" 35 journalistes…

"… Ben j’en ai trois, moi (rires) . Dans l’équipe belge, ce qu’on génère, c’est l’enthousiasme. Celui de travailler pour une grande marque, celui de montrer à la France qu’on est à la hauteur même si on n’est pas nombreux. Je ne pense pas que ce soit la quantité qui permet de faire de meilleures choses. Les journalistes qui travaillent pour Paris Match n’ont pas oublié les valeurs fondamentales du métier au profit d’un clavier derrière lequel on est beaucoup plus en sécurité mais qui ne traduit pas toute la vérité de l’actualité."