" Je n’ai toujours pas eu de retour de Sophie Wilmès, nous confie Sandra Zidani, au sujet de sa lettre à la Première Ministre envoyée ce mercredi et qui a contacté plusieurs personnes qui la connaissent afin de relayer son message. “ J’ai écrit ce mail (à lire ici en entier sur son compte Facebook ou en fin d’article, ndlr.) sur un coup de tête et suite au message sur Facebook qui disait qu’on pouvait lui écrire. Mais, pour l’instant, la seule réponse que j’ai eue est : ‘Vu le nombre de mails qu’elle reçoit, vous n’aurez probablement pas de retour ou, en tout cas, cela mettra du temps.’ Du coup, je l’ai aussi posté sur Facebook pour que cela soit partagé un maximum. Car on se retrouve tous dans une situation qui n’a aucun sens !”

“Reconnaissez que c’est toujours notre secteur qui est prioritairement sanctionné”

Zidani, connue pour son personnage loufoque de la prof Arlette, lui a écrit notamment ceci sur l’aberration des spectacles. “Reconnaissez que c’est toujours notre secteur qui est prioritairement sanctionné", précise celle qui trouve l’histoire de cette jauge des salles totalement “crétine”. "Actuellement, la jauge a été réduite à 100 personnes à l’intérieur et 200 en extérieur. Jusqu’à quand ? Est-ce que c’est 100 personnes quelle que soit la capacité de la salle ? Une salle proposant une jauge de 500 places est au même niveau qu’une salle de 100 ???”

Évoquant aussi le nombre de collègues -oubliés- dans l’ombre qui se retrouvent à la rue ou encore le nombre d’incertitudes quant à la suite des événements, Zidani -dont la nouvelle création arrive en octobre- en a ras le bol. “Notre secteur doit recevoir un message clair et non pas des décisions qui bougent deux fois par mois.”

“Si on laisse ça comme ça pour la rentrée, plein de gens n’existeront plus”

Par cette lettre au nom de tous les artistes, Zidani espère être lue et entendue. “Je peux comprendre que je ne sois pas dans les préoccupations de la Première Ministre”, nous concède-t-elle. “Mais, à un moment donné, notre secteur ne va vraiment pas bien ! Ils se sont dit : tiens, on fait quoi avec les artistes ? Ben, on va faire ça.’ Ils n’ont pas réfléchi car c’est n’importe quoi ! Si on laisse ça comme ça pour la rentrée, plein de gens n’existeront plus. Beaucoup vont tomber et pas uniquement des artistes mais tous ceux qui travaillent dans l’ombre.”

Une jauge générale de 60 à 65 % pour tous

Sandra Zidani fait donc une proposition à Sophie Wilmès. “Ne pourrait-on pas envisager une jauge générale de 60 à 65 % pour tous les lieux avec évidemment masques et gestes barrières ?", écrit-elle ainsi dans sa lettre. "On parle de 1M50 mais personne ne tient cette distance dans les transports en commun, les avions, etc. or ils ne sont pas interdits.”

Jointe par téléphone, elle nous précise son propos. “Je pense que c’est la situation idéale parce qu’avec ça, on peut en tout cas survivre ! Peut-être que pour les events, ce sera plus complexe. Mais j’ai envie de dire que pour le théâtre, de manière générale, on fait parfois du 100 %. Or, ces dernières années, on était plutôt sur du 80 % de remplissage sur toute une série. Car il y a beaucoup d’offres, de concours et autres propositions. Les gens réservent alors leurs places de plus en plus tard. Fini les abonnements, il y a un changement d’habitude qui tuait déjà un peu notre métier.”

“Les Belges n’en ont plus rien à foutre de leur gouvernement!”

Une proposition logique selon Zidani, surtout à l’heure où nos voisins français vont assouplir leurs conditions de spectacles dès le 1er septembre. “Alors un pays comme le nôtre, bien plus petit, devrait être capable de le faire également. Il n’y a aucune raison de rester sans cesse là-dedans. Ils sont peut-être sans gouvernement mais, honnêtement, les Belges n’en ont plus rien à foutre de leur gouvernement. On s’en fout, on n’est plus à un jour près pour qu’il le trouve ou pas. Cela devient juste une vaste blague !”

Zidani enfonce même encore le clou. “Le gouvernement nous parle de crise économique pour les mois à venir mais j’ai plutôt l’impression que ce sont eux qui la provoquent avec des décisions qui ne servent à rien et des messages anxiogènes.” Avant de conclure que “ l’art est malade alors que les autres secteurs, eux, ils peuvent continuer à fonctionner. Pourquoi nous ? J’ai vraiment l’impression, parfois, que l’on est dans un pays hybride. Un peu comme dans une BD.”