Il est rarissime qu’une ville honore de leur vivant des personnalités en leur attribuant le nom d’une artère. C’est même interdit. Aussi, voici quinze jours, ce n’est pas la rue Baron et Baronne Duesberg qui a été inaugurée à Mons mais bien la rue du Musée François Duesberg. Et pour marquer le coup, ce sont les quatre derniers bourgmestres de la cité du Doudou qui étaient présents pour rendre hommage à l’infatigable collectionneur d’objets d’art décoratif de la période 1785-1825.

Cela valait bien une visite de ce temple dédié à l’horlogerie, l’orfèvrerie, l’art de la table… bien évidemment en compagnie du maître des lieux, lequel accueille les visiteurs sur rendez-vous, vu la situation sanitaire actuelle. À 86 ans, toujours aussi passionné - n’a-t-il pas fait sienne la devise "Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui perd sa passion" - il nous guide tout d’abord dans la grande salle où une profusion d’objets tous plus fins les uns que les autres sont à découvrir dans de nombreuses vitrines.

Une profusion telle qu’on se dit qu’un espace deux fois plus grand la rendrait encore plus attrayante car si notre regard se pose sur les objets les plus imposants - pendules, horloges, services de table en porcelaine finement décorées, services à café - il est aussi des plus petites pièces, toutes plus jolies les unes que les autres mais qui semblent un peu perdues ; on pense notamment à des camées et autres bijoux mais aussi des yads en argent, ces pointeurs de lecture à usage liturgique conçus pour la lecture de la Torah.

La période choisie pour la collection est passionnante puisqu’elle recouvre le règne de Louis XVI, le Premier Empire et une partie de la période hollandaise.

Réputé poinçon de Mons

Mons était alors un centre majeur d’orfèvrerie et de porcelaine. Tandis que Paris et Bruxelles comptaient parmi les meilleurs horlogers, mais aussi des bronziers, des doreurs et autres artisans d’art…

Chose émouvante, quand on accompagne François Duesberg, c’est qu’on a l’impression qu’il redécouvre sans cesse son musée et son contenu, et s’en émerveille sans fin. Il est vrai que la qualité et l’état de conservation sont exceptionnels. "Ma femme et moi les avons bichonnés comme si c’était nos enfants."

L’âge avançant et la santé du couple inquiètent un peu le baron Duesberg. L’hommage rendu par la ville de Mons et la province de Hainaut voici quelques jours l’ont quelque peu rassuré sur l’avenir. De toute façon, ayant eu l’autorisation d’avoir sa sépulture dans le jardinet du musée - "j’en avais fait la demande mais n’y croyais pas trop !" - il pourra toujours garder un œil sur ses successeurs.

Trois bonnes raisons de venir au musée Duesberg

1 Le bâtiment lui-même

Prestigieux, il s’agit de l’ancien siège montois de la Banque nationale. Ses grandes salles permettent aux objets d’être mis en valeur dans de bonnes conditions. En 1993, la ville de Mons a mis ce bâtiment situé en face de la collégiale Sainte-Waudru à la disposition des époux Duesberg et le musée ouvrait en septembre de l’année suivante.

2 Un instantané d’Europe

Si les porcelaines et autres horloges sont belges et françaises, on constate, notamment aux décors, que ces services étaient destinés à des grandes familles d’Europe, comme ici ce service de table aux armes de la Maison de Savoie. Toutes les pièces sont dans un état de conservation impeccable. Et les horloges en état de marche, François Duesberg les démontant et les remontant lui-même lors de leur entretien

3Esprit d’humanisme

Dans ce musée, on se replonge au temps des Lumières, Jean-Jacques Rousseau et Voltaire y ayant leur buste. C’est aussi l’époque de Paul et Virginie, de Bernardin de Saint-Pierre (1788) ou Atala de Chateaubriand (1801) qui évoquaient le Bon Sauvage qui était alors glorifié et idéalisé sur ces pendules dites "au nègre", qu’il soit africain (accompagné d’un félin et d’une tortue) ou amérindien (coiffé et flanqué d’un alligator et d’un serpent).