Gaultier cosmétique, Yamamoto dans la tradition nipponne, Vuitton luxueux, Van Noten décontracté...

PARIS Le grand nettoyage estival, dans les garde-robes masculines! C'est ce qu'augurent les collections de prêt-à-porter de la belle saison 2004, qui ont déferlé sur les podiums parisiens (après Milan). Signe des temps, Jean-Paul Gaultier lance sa première ligne de cosmétiques pour hommes, dans le sillage du parfum Le Mâle (qui caracole en tête des ventes depuis huit ans). «C'est la suite logique de mon travail», dit l'héritier spirituel d'Yves Saint Laurent. «Dès que j'ai vu les hommes se décolorer les cheveux ou les raser, j'ai compris qu'on pouvait aller plus loin sans que ce soit assimilé à la mouvance gay. Beaucoup de gars font désormais des efforts pour se monter différents et sous un jour nouveau.» Ou sous un jour meilleur, puisque la gamme appelée Tout beau, tout propre entend donner un petit coup de pouce à la nature: ici une poudre qui enlumine le teint, là un gloss qui rend les lèvres brillantes ou un stick avec anti-cerne d'un côté et kôhl de l'autre... Certainement pas encore de quoi convertir le grand public, mais de quoi répondre à la demande de ceux qui ont intégré leur virilité et n'ont plus besoin de ses signes extérieurs.

Gaultier a assorti ses tenues de l'été prochain à cette mini-révolution cosmétique: gilets de costume à même la peau, tons évoluant en fonction de la carnation (mordoré et marron glacé pour les Blacks, poudré et blanc pour les visages pales)... Se croisent des tabliers de serveur ou de boucher, des peignoirs-manteaux de faux boxeurs portés sur un slip kangourou, un jogging ouvert sur un torse d'athlète ou un dandy à la silhouette étriquée juché sur des talons. L'homme Gaultier est tour à tour mâle viril ou minet efféminé.

Atmosphère d'un Orient extrême chez Yohji Yamamoto. Le Japonais revient à ses origines et met en scène des saumurais modernes dans sa collection été 2004. La chemise blanche impeccable sous une veste au plus près du corps servent d'appui à une longue jupe très ample qui rappelle les costumes traditionnels japonais ou la silhouette d'hommes du désert. Le noir, l'écru et le blanc en rajoutent dans le côté théâtral de ce travail sur les proportions.

L'Autrichien Helmut Lang joue plus que jamais avec la structure du vêtement et l'ornement. Les gilets masculins sont croisés avec des gilets de sauvetage, les marcels sont déchiquetés par endroits: un trou rond sur le torse, un bas en biais... Seules les redingotes et vestes restent entières dans cet exercice de découpage. Les pantalons ont des allures de carapaces avec une série de revers qui ont poussé devant, sur toute la hauteur, tandis que les perfectos ont perdu une pièce à l'intérieur du coude. Pour le soir, en argent lamé, ils se couvrent de capsules de bière aplaties, comme autant de pins colorés. Quant aux ceintures de smoking, elles semblent empruntées à des champions de boxe.

Oubliées, les excentricités de l'été dernier chez Louis Vuitton, où les vestes d'ouvriers avaient été réinterprétées sous le sceau du très chic monogramme. Marc Jacobs rectifie le tir avec une ligne masculine en cohérence avec le temple du super-luxe Vuitton. Pas un fil qui dépasse. Les costumes sont impeccables pour aller travailler ou sortir. Pas de relâchement le week-end ou en vacances avec cette fausse saharienne portée sur un short en toile de coton épais kaki. Même le sac de tennis est monogrammé et si le pantalon raccourcit jusqu'à la mi-cuisse pour les sportifs, le noeud pap est de rigueur sur chemise coincée et... blazer marine.Nettement plus festive et dilettante, la griffe été Dries Van Noten. Notre compatriote a proposé un défilé tropical au son d'un orchestre mambo, El Tattoo del tigre. Le dépareillé n'a pas son pareil pour faire naître le style et l'originalité. Petits gilets et ceintures de smoking se mélangent à des tee-shirts. Shorts ou bermudas s'associent pour le meilleur avec des vestes à cols pointus et aux revers satinés. Le règne de la décontraction.

© La Dernière Heure 2003