Elles sont désormais partout. Sur Internet, et en particulier sur les réseaux sociaux, les vidéos ont envahi notre quotidien. Depuis la création en 2005 de YouTube, célèbre site web d’hébergement de vidéos, ce format n’a eu de cesse de gagner en popularité. Dernier exemple en date : le succès, ces derniers mois, de l’application TikTok, qui propose des vidéos courtes au format horizontal et revendique désormais 689 millions d’utilisateurs. “On a assisté au triomphe progressif de ce format, de manière spectaculaire avec TikTok”, explique François Heinderyckx, sociologue des médias à l’ULB. “Mais, en général, la capsule vidéo est appréciée, et pas seulement des jeunes, car elle est vivante, se consomme sans effort. D’ailleurs, malgré les alternatives, YouTube reste la locomotive de ce format.”

Quinze ans après son rachat par Google pour 1,65 milliard de dollars, la plateforme est incontournable auprès de la génération Z. On y trouve de tout : des clips musicaux aux parodies en passant par les miniséries et les vlogs. Plus récemment, les joueurs de jeux vidéo ont massivement commencé à filmer leurs parties et uploader les meilleurs moments de leurs streams. Sans oublier les tutoriels, toujours plus nombreux sur des sujets toujours plus variés.

Spécialité : les tutos éducatifs

Envie d’apprendre à cuisiner, jardiner ou résoudre des problèmes de mathématiques ? Vous trouverez sans souci votre bonheur en ligne. Certains vidéastes ont d’ailleurs fait des tutos éducatifs leur spécialité, en vulgarisant des sujets sur l’histoire, la philosophie ou l’art afin de mieux s’adresser aux étudiants. Et pour cause : en 2018, une étude américaine estimait que 51 % des étudiants américains utilisent YouTube pour les aider dans leurs cursus scolaires et académiques.

Les dirigeants de YouTube en sont bien conscients, et ont profité de la pandémie pour renforcer leur offre en la matière. Dès le mois de mars, le site web éphémère Learn@Home (Apprendre à la maison) était lancé. Objectif : faire le tri parmi les millions de vidéos hébergées sur la plateforme, “pour inspirer et aider les étudiants avec un contenu d’apprentissage de haute qualité.”

Dans la foulée, l’entreprise avait annoncé travailler au lancement d’un équivalent de cette formule en langue française. Une volonté qui s’est finalement concrétisée fin novembre, avec l’apparition de la rubrique Savoirs et cultures, conçue en partenariat avec Arte, l’Institut national de l’audiovisuel et le Centre national du cinéma et de l’image animée. Ces trois organisations françaises sélectionnent avec soin des chaînes au contenu pédagogique de qualité et mettent ainsi en avant de nombreux “édutubeurs”. Une sélection composée en très grande majorité de Français. Ce qui ne veut pour autant pas dire que quelques vulgarisateurs belges ne se cachent pas sur la toile...

Le défi : lutter contre la désinformation

Quelque 11,4 millions de vidéos supprimées. Tel est le bilan record de la plateforme YouTube pour les seuls mois d’avril, mai et juin 2020.

Un chiffre en nette hausse sur la période du premier confinement, alors qu’il s’établit généralement aux alentours de 6 millions. Dans le contexte actuel, la désinformation inquiète les plateformes numériques, qui cherchent à encadrer plus efficacement les contenus qu’elles hébergent. Faire le tri dans les vidéos disponibles en ligne est devenu une nécessité pour ces sites Internet à une époque où un quidam peut décider de filmer une vidéo avec son smartphone pour ensuite uploader sa création en un clin d’œil sur le Net.

“Le ticket d’entrée, l’investissement nécessaire est devenu quasiment nul”, observe François Heinderyckx, professeur de sociologie des médias à l’Université Libre de Bruxelles. “C’est la promesse d’une certaine horizontalité numérique qui se concrétise et qui met les gens sur pied d’égalité.” Une situation qui a permis ces dernières années l’émergence d’”édutubeurs”, qui se professionnalisent désormais et vivent (quasi-) exclusivement de leurs vidéos. “On ne peut qu’applaudir des deux mains que la technologie se mette au service d’une éducation au sens le plus large et permette d’attirer des publics vers des acquisitions de connaissances”, s’enthousiasme le chercheur.

Problème, toutefois : “aujourd’hui, on peut produire facilement des vidéos professionnalisées, mais ça veut dire que certaines personnes peuvent manipuler l’opinion, abuser des gens en véhiculant des idées discutables, qui peuvent même parfois s’avérer dangereuses”, poursuit notre intervenant.

Cette liberté actuelle pour le citoyen lambda d’uploader ses vidéos et de créer une illusion de fiabilité est délicate à gérer pour les plateformes numériques, qui doivent se poser en censeurs. Les récentes décisions prises par Twitter et Facebook de suspendre les comptes du président sortant Donald Trump ont ravivé le débat autour de cette question. Ces actions avaient été prises afin d’éviter de nouvelles “incitations à la haine” du milliardaire américain sur les réseaux sociaux, après l’attaque du Capitole le 6 janvier dernier.

De nombreuses plateformes leur ont emboîté le pas, dont YouTube, qui a décidé de modérer la chaîne du désormais ex-président.

Pour lutter contre la désinformation, pas de doute, selon François Heinderyckx : la solution devrait passer par davantage de moyens de financement des universités et associations académiques, “qui devraient encourager leurs membres à faire de la vulgarisation.” Mais l’universitaire reconnaît que la production d’un tel contenu en ligne demande du temps, des moyens et un certain ton “pour obtenir un résultat qui soit au rendez-vous.”

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