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Assis dans une voiture, Simon et son père s’apprêtent à rejouer l’une des scènes du Huitième jour, de Jaco Van Dormael.

Le premier est très à l’aise et rit à la demande, l’autre… moins. "Pour Simon, qui adore les caméras, les projecteurs, tout ça semblait naturel", confie sa maman, qui le surveille du coin de l’œil pendant notre séance photo en nous racontant le tournage du spot TV dans lequel apparaît son fils. "Cela a été beaucoup plus difficile pour Jean-Philippe" qui, au final et après de nombreuses prises, avoue s’être détendu tout en restant lui-même.

Dans une autre capsule, c’est Ilias/Forrest Gump que l’on retrouve. Il déambule, en dégustant une glace. En plan américain, on ne voit d’Ilias que la chemise à carreaux et la coiffure impeccable. "T’as pas entraînement, toi ?", lui demande sa sœur. La glace balancée par-dessus l’épaule, il se lance dans un incroyable sprint, doublant les joggeurs du dimanche. Il porte une prothèse, et alors ?

"C’est une agence publicitaire avec laquelle on travaille, qui s’appelle Air, qui a eu l’idée de cette campagne", explique Anne-Laure. "Je me charge du briefing, dans lequel on va définir de quoi on va parler, car la cause est vaste. Moi, la discrimination me bouleverse. Quand on pense qu’une personne handicapée, en 2019, ne va pas pouvoir prendre le tram ou le métro, alors qu’on rénove des stations, ou qu’on ne va pas accepter une personne dans un logement parce qu’elle est handicapée - elle n’a pas les moyens, le logement n’est pas adapté… - cela m’est insupportable." L’autre thème que la responsable de communication avait envie de voir abordé, ce sont les familles, car elles sont les plus beaux exemples d’inclusion. Voilà pourquoi Simon a tourné avec son papa et Ilias avec sa frangine. "Dans les familles, on peut rire, on n’a pas de gêne, pas de malaise. Je voulais que cet exemple-là passe auprès du grand public. Il faut arrêter de penser qu’une personne handicapée ne va pas réfléchir comme tout le monde, avoir les mêmes envies, tomber amoureuse. Il faut pouvoir en parler, arrêter de s’en cacher derrière une forme de gêne. La discrimination naît, souvent d’un sentiment de malaise."

"Moi, je me sens super à l’aise vis-à-vis de mon handicap", précise Ilias. "Le montrer aux gens ne me dérange pas. Je me mets en short dans la rue, parce que je me suis accepté. Je suis au CTR, le centre de rééducation à l’hôpital Brugmann, et beaucoup sont gênés par leur handicap. Quant aux "valides", au contraire, ils ne savent pas comment faire le premier pas. Du coup, ça bloque, comme s’il y avait un mur entre les deux. Et ce mur-là, il faut l’abattre. C’est à ça aussi que sert une opération comme Cap 48."

© DEMOULIN BERNARD