Olivier Taquin a surtout été ébloui par la folie du nouvel an chinois

AUGSBURG Dans le nouveau spectacle du Cirque de Pékin (qui sera en représentations au Cirque Royal de Bruxelles à partir du 15 juin), le premier artiste à entrer sur scène est... Belge. Avec son comparse hollandais, Ramon Hopman, Olivier Taquin est aussi le premier artiste européen à avoir été intégré dans la célèbre troupe chinoise.

Il faut savoir que les producteurs des tournées européennes du Cirque de Pékin sont Hollandais et, par expérience, ils savent que les clowns chinois ne font guère rire chez nous: nous ne partageons pas le même humour. C'est la raison pour laquelle ils ont préféré engager le numéro des Frères Taquin.

Olivier Taquin, originaire de Charleroi, n'a donc pas eu la chance d'aller en Chine et, à ce jour, il n'est pas question que ce show d'hommage au conteur danois Andersen et, dès lors, conçu pour l'Europe, fasse une tournée de Shanghai à Hong Kong. «Malheureusement non! Ce spectacle a été créé en décembre, dans la région de Hambourg. Actuellement, nous sommes sous contrat jusqu'en octobre. On finira à Munich. Mais on ne sait jamais. D'ici là, les choses peuvent encore évoluer.»

Ce numéro qu'il présente dans le programme du Cirque de Pékin, il l'a créé dans les rues. A Bruxelles, Olivier Taquin se fixait régulièrement dans la Petite rue au Beurre. Il apparaît comme un automate que son partenaire amène en scène en le tenant sous le bras, comme s'il était un simple mannequin de magasin.

«En 1987, avec mon vrai frère pour partenaire, nous avons fait le Festival de Rochefort. Puis mon frère a été tenté par des activités musicales et j'ai eu d'autres partenaires au cours des années. En 1988, ce numéro - qui a été peaufiné depuis mais qui existait déjà à 75% - nous a valu la médaille d'or au Festival du Cirque de Paris. Depuis, ma vie est centrée sur les cirques. J'ai fait deux tournées pour le Cirque Knie, une fois avant et une fois après le passage de Stéphanie de Monaco, puis avec le Cirque Roncalli (en Allemagne) et aussi, à New York, dans le Big Apple Circus. J'avais déjà travaillé pour les producteurs hollandais de cette tournée-ci. Ils ont trouvé que notre numéro s'intégrait bien dans l'esprit de ce spectacle en hommage à Andersen. Et voilà...»

Tous ces artistes chinois ne parlent que leur langue qu'un Carolo ne pratique habituellement pas: «En plus, les Chinois ont un accueil assez froid. Ils sont plutôt réservés. Disons que les portes s'ouvrent une à une, progressivement. Maintenant, les relations sont cordiales. Je me souviens surtout de l'après-représentation du nouvel an chinois. Toute l'équipe s'est mise aux cuisines et ils nous ont fait un repas inoubliable.»

Olivier Taquin a beau avoir l'habitude du monde du cirque, ces Chinois l'impressionnent: «Leur niveau technique est très haut. Mais j'ai compris pourquoi: ces gens travaillent comme des malades. Un équilibriste, par exemple, est là avec son professeur personnel et il passe deux à trois heures par jour appuyé sur une main. Par contre, ils ne sont pas comédiens. Dans ce spectacle-ci, nous avons eu beaucoup de mal à leur apprendre à jouer entre deux numéros, à rire sur scène. C'est très difficile pour eux.»

Lorsqu'on voit ce spectacle et la précision diabolique de ces artistes, on se demande comment nos footballeurs millionnaires peuvent rater des penalties. Olivier Taquin a une réponse: «La pression n'est pas la même. Au cirque, ces artistes sont certes concentrés puisque, à la moindre erreur, ils risquent des blessures ou des fractures. Mais la pression d'un footballer lui vient du public, de l'extérieur, et ça peut tout changer.»

© La Dernière Heure 2005