Le parquet de Lyon a ouvert, le 22 juin, "une enquête visant ce youtubeur des chefs de corruption de mineurs", "d'enregistrement, diffusion ou détention d'images pornographiques de mineurs", et de "propositions sexuelles à des mineurs de 15 ans par communication électronique", a-t-il indiqué à l'AFP, confirmant une information du portail d'actualité numérique Numerama.

Selon ce site, un dossier de signalement collectif a été envoyé au procureur de Lyon et deux plaintes ont été déposées pour corruption de mineur. Le vidéaste qui apparaît également sur les réseaux sociaux sous son vrai nom, Baptiste Mortier-Dumont, aurait ciblé, entre 2013 et 2019, au moins une dizaine de ses fans.

Cinq victimes étaient âgées de moins de 15 ans au moment où le youtubeur leur aurait envoyé pour la première fois des invitations à échanger des photos sexuelles ou des propositions de masturbation simultanée, selon l'enquête du site spécialisé.

Numerama a publié plusieurs échanges explicites entre le youtubeur aux 1,15 million d'abonnés et de jeunes garçons qu'il approchait sur les réseaux sociaux. En effet, le média a enquêté durant plusieurs mois et a recueilli des dizaine de témoignages. Conversations, captures d’écran, photos et vidéos, Numerama a tout passé en revue et tout vérifié. On découvre ainsi le cas de Quentin, un adolescent qui vient de fêter ses 17 ans et qui considérait le Youtubeur comme une star. Le jeune homme est l'un des garçons avec lequel le youtubeur a le plus échangé.

"Je me sentais obligé de le faire"

Il l'a contacté sur Twitter en 2017, car il avait remarqué que tous deux sont nés le même jour. S'en sont alors suivi de longues conversations, où le Youtubeur incitait Quentin à s'adonner à des ébas sexuels. "On a commencé à discuter, très rapidement il m’a demandé si j’étais partant pour jouer un peu avec lui. Je pouvais faire ce qu’il voulait. Il me demandait de faire des choses, me montrait ce qu’il faisait. Il me conseillait d’acheter certains objets sexuels, ce que j’ai fait", confie-t-il au média français. Quentin va même rencontrer son idole et prendre une photo avec lui. Une photo qui donnera ensuite lieu à des conversations en ligne très osées. "Je me sentais obligé de le faire, pour ne pas le décevoir. Je me disais que si je ne le faisais pas, il n’allait plus me parler", confie-t-il.

Des cas comme Quentin, il en existe beaucoup d'autres, des jeunes qui expliquent aujourd'hui avoir pensé être spécial et unique. A tous ces adolescents, le Youtubeur leur sortait toujours le même discours: "N’en parle pas à d’autres (…) C’est pas un jeu non plus, et non pas qu’il y ait quoi que ce soit de mal, juste que j’existe publiquement, donc c’est compliqué", peut-on notament lire sur une capture d'écran. Il a même invité certains de ses fans à se rendre chez lui pour réaliser des expériences scientifiques ou tourner des vidéos pour sa chaîne. Des propositions qui n'aboutissaient jamais puisque les parents des jeunes s'y sont opposés. En 2017, le youtubeur a même créé son propre site, "un salon Discord", une espèce de forum où les fans de sa page peuvent se connecter et discuter, notamment avec le Youtubeur. Un site où il a partagé de nombreuses blagues à caractère pornographique.

En juin, alors que des témoignages commençaient à affluer sur Twitter, ExperimentBoy avait réagi dans un tweet: "Les auteurs de la tentative de déstabilisation seront traduits très prochainement devant les juridictions compétentes (...) Je laisse mes avocats faire leur travail et continue mes projets." Aujourd'hui, le youtubeur nie tout en bloc, il a même supprimé une grande partie des messages qu'il a pu envoyer à tous ces jeunes.

Le youtubeur âgé de 26 ans s'est rendu populaire depuis 2012 en publiant des dizaines d'expériences scientifiques farfelues et spectaculaires inspirées du programme télévisé anglo-saxon "MythBusters". Sa dernière vidéo, publiée fin juillet, a enregistré plus de 800.000 vues.