À gauche, la licence FIFA, fer de lance d’EA Sports, machine à vendre, dans le Top 3 des produits culturels les plus vendus en Europe depuis 10 ans, gameplay qui ronronne mais contenus XXL. À droite, PES (Pro Evolution Soccer), licence clé de Konami jadis largement devant sa rivale pour les amoureux du foot léché, aujourd’hui larguée par la puissance de FIFA. Ceci aurait été le pitch du match, quasi ancestral, entre les deux titans vidéoludiques du ballon rond. Sauf qu’il n’y a pas de PES 2022. Et qu’il n’y aura d’ailleurs plus de PES : 2021 restera dans la postérité comme l’année où Konami renverse la table en créant eFootball. Qui, sacrée révolution, est gratuit (du moins en téléchargement et à la première approche, si vous voulez creuser, il faudra rapidement passer à la caisse). Le match Beatles VS Stones du foot virtuel ne se joue donc plus vraiment sur le même champ de bataille. Mais au final, l’enjeu reste le même : être le meilleur jeu de foot.

FIFA 22 : en rémission, pas tout à fait guéri

Le modèle de FIFA reste d’un classicisme éprouvé : le jeu reste décliné annuellement, et vendu une septantaine d’euros. Il est toujours extrêmement riche de contenus (transferts, ligues, effectifs masculins ou féminins, Fifa Ultimate Team qui rapporte des milliards à EA Sports, etc.), et son interface reste ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Bémol : sur le terrain, FIFA 21 nous avait usé par son attaque-défense permanent, sa survalorisation de la vitesse, ses gardiens en mousse et sa propension à rendre le but trop accessible.

© EA

Bonne nouvelle : si FIFA 22 ne corrige pas tous ses griefs, il est sur la voie de la rédemption pour pas mal d’entre eux. Sur PS5, la nouveauté HyperMotion amène réalisme et fluidité dans le rendu des joueurs, et si vous êtes habitué à la licence, l’apport est à la fois discret et flagrant. Plus appréciable encore : la physique de balle est revue pour quelque chose de bien meilleur. Plus lourde, réaliste, solide, elle oblige le joueur à être plus cérébral et enfin utiliser son milieu de terrain, trop facilement snobable dans FIFA 21. Sur les frappes comme sur les déplacements sans ballon et la création de décalages, l’expérience est plus proche de la simulation, bien que FIFA reste un jeu malgré tout typé arcade. Les gardiens sont bien plus forts voire frustrants, et un gros travail de scénographie a été poursuivi en termes de mise en scène, quasi télévisuelle, de tous les instants qui entourent le match. Même si on se serait bien passé des blagues douteuses d’Hervé Mathoux, tout seul aux commentaires depuis l’éviction de son acolyte Pierre Ménès…

En revanche, FIFA reste toujours hanté par ses vieilles lunes : le moteur graphique sous lequel il tourne (Frostbite, créé pour animer un jeu de guerre – Battlefiled – à la base !) n’est pas idéalement adapté à un jeu footeux, et l’aspect statue de cire des joueurs persiste, malgré une stature et des déplacement plus naturels que jamais. Même sur PS5, on ne peut pas parler de claque graphique, comme celle ressentie avec Kena ou Demon’s Souls.

eFootball : coquille vide

Chez Konami, l’enjeu est donc majeur : après une année sans PES 2021, c’est carrément le nom PES (ex-ISS) qui passe à la trappe, pour devenir eFootball. Surtout, le titre devient gratuit… en apparence. Tout le monde peut télécharger eFootball, mais seuls 12 clubs (dont le Bayern, le Barça et Manchester United) sont jouables dans des modes de jeu faméliques. Le contenu additionnel arrivera, mais il ne sera pas gratuit : c’est le modèle du free-to-play, à l’instar de Fortnite, où il faut vite passer à la caisse pour vraiment profiter du jeu et ses atouts… On ne peut donc que juger du titre à l’instant T, et c’est loin d’être folichon.

© KONAMI

Le bad buzz qui a flingué Konami sur les réseaux sociaux avec des animations faciales ridicules de Messi ou Ronaldo est relativement injustifié : comme depuis longtemps, c’est bien Konami qui réussit le mieux les modélisations faciales des joueurs, pas FIFA. C’est encore vrai sur eFootball, les captures ci-contre l’attestent. En revanche, sur le fond, on n’a pas reconnu la patte PES : c’est lourd, lent, ennuyeux, mal animé, et le syndrome du ballon de plage, qu’on pensait l’apanage de FIFA, a changé de camp. On ne condamnera pas encore le jeu, mais, en l’état, deux ans de pause chez Konami pour cela, c’est décevant…

Verdict

Il a beau affronter un rival désormais gratuit – mais vidé de sa substance et encore inabouti – FIFA 22 est, une fois de plus, parti pour écraser son concurrent, le tout sans même avoir corrigé ses maladies chroniques. On note toutefois un vrai mieux en termes de physique de balle chez EA. Reste à voir si Konami parviendra à redresser le tir, où si la messe du foot vidéoludique est définitivement dite…

Comparatif des modélisations des deux jeux (à gauche, eFootball, à droite FIFA 22)

Un peu injustement, quelques images (de Messi et Ronaldo, avec des aimations faciales ridicules et des yeux globuleux)  ont attiré un bad buzz énorme sur eFootball. Pourtant, ces captures isolées sont loin de refléter la réalité : PES (et son héritier) ont en réalité depuis longtemps pris le pas sur FIFA en matière de qualité de modélisation. Jugez par vous-même avec ces images (à gauche, eFootball, à droite, FIFA 22).