De toutes les émotions véhiculées par l’art, la peur est sans doute celle qui joue le plus sur l’identification. Chaque média va jouer de ses spécificités pour impliquer le spectateur, l’auditeur ou ici, le joueur. Le jeu dont il sera question aujourd’hui est Little Nightmares, un jeu angoissant qui vous met face à des peurs liées à l’enfance. Et derrière une thématique aussi sombre, le jeu apporte un vent de fraîcheur bienvenu.

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Little Big Nightmares

Little Nightmares nous met aux commandes de la mystérieuse Six, un petit être muet habillé d’un ciré jaune. Le but sera de sortir de l’Antre, un sous-marin rempli de créatures repoussantes en traversant cinq zones bien distinctes. Le jeu, développé par Tarsier Studios et édité par Namco/Bandai, est un jeu de plate-forme/réflexion, croisement entre un Little Big Planet et un Limbo, avec des variantes importantes au fil des niveaux. Le gameplay se renouvelle régulièrement, allant de l’infiltration aux courses poursuites. Chaque zone est construite autour de gardiens, symboles des pires peurs enfantines. Le but sera de leur échapper, puisque Six et sa petite taille ne pourront jamais vraiment affronter ces colosses. Un jeu du chat et de la souris bien glauque puisque le design des personnages mise à fond sur l’exagération et que les monstres sont plus réactifs qu’ils ne le laissent entendre.

Six est une petite fille habile. Ainsi, elle est capable de courir, sauter, grimper, tirer des objets lourds, en jeter d’autres, glisser ou pousser des boutons. Tout est fait pour que la petite interagisse au maximum avec son environnement, comme un enfant. La plupart des énigmes tournent autour des capacités de votre héroïne. Les interactions sont mises en avant à l’aide d’un jeu de lumière plutôt bien pensé. Si le début peut vous arracher quelques moments de frustration à cause des mouvements lents et d’un game design parfois douteux, le jeu devient beaucoup plus agréable une fois que l’on en comprend la logique. Seul vrai allié de Six, le briquet vous offrira un peu de lumière dans les recoins très sombres du titre.

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Voyage en enfer

L’ambiance de Little Nightmares est son plus grand point fort. Le jeu a parfaitement saisi les avantages de son média pour mettre le joueur en difficulté. Par sa faiblesse, Six vous fera réfléchir à toutes vos décisions. Une prise de risque sera gratifiante, mais une seule erreur sera fatale. Hormis les (rares) passages scriptés, le joueur s’identifiera vite et certaines situations vous demanderont un sang-froid parfait pour vous en sortir. Il n’est pas rare de voir débouler un des Frères Cuistot, deux géants cannibales qui rêvent de vous cuisiner, au bout du couloir, et de devoir courir pour vous planquer dans un conduit. Ces moments passés manette en main sont des énormes doses d’adrénaline.

Les environnements, plutôt hostiles et avares en zones de repos, ne vous feront aucun cadeau face aux énormes ennemis, rapides et attentifs. Très vite, le jeu vous plonge dans une angoisse permanente, dont les moments pour souffler seront très (trop ?) peu nombreux. Les musiques et le sound design, tous les deux excellents, renforcent cette impression : le plancher grince, les débris vous trahissent et les gardiens ont tous leur identité sonore qui les rend effrayants sans les voir. Il n’y a aucun dialogue, mais les ennemis s’expriment en gémissant ou en grognant, ce qui déshumanise encore un peu plus cet Antre.

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Le plus beau des cauchemars

Visuellement, le jeu est magnifique et tourne sous Unreal Engine 4. Les animations sont exceptionnelles et les bugs assez rares. Les tableaux se distinguent entre eux et chaque zone est l’occasion de découvrir de nouveaux éléments. Chose intéressante, les peurs que vous ressentirez seront différentes en fonction de la zone : vous ne serez jamais à l’abri du Concierge avec ses longs bras, vous n’aurez que peu d’endroits où vous cacher avec les Frères Cuistot tandis que la Dame sera terrifiante par son absence, et par la peur du moment où elle vous sautera dessus. S’il est bon de noter tout le soin apporté aux personnages et à certains décors, les environnements ne seront pas tous égaux et certains tableaux souffriront de la comparaison au niveau de l’identité visuelle.

Vous n’aurez jamais l’impression de vous ennuyer dans Little Nightmares. Si le début nous promet un jeu rempli d’énigmes liées à la physique, on alternera entre les passages d’infiltration, la plateforme stricte et des moments d’action intenses pour éviter à tout prix la répétition. On ressent fort la volonté des développeurs qui alterneront sans cesse les phases de gameplay. Globalement, si cette décision rend le rythme de l’aventure intense et passionnante, elle rend le jeu parfois épuisant et court. Comptez entre trois et quatre heures pour boucler le titre, et avec une rejouabilité discutable (quelques collectibles, pas de fins alternatives). Un pari intéressant qui ne plaira évidemment pas à tout le monde, mais il ne faut pas oublier que le jeu n’est vendu qu’à une vingtaine d’euros seulement.

Little Nightmare est un bijou de direction artistique et d’ambiance, à contre-courant des grosses productions habituelles dans ce genre. Le jeu maîtrise son médium et arrive à immerger le joueur dans un univers sombre, en donnant toujours l’impression de contrôler un enfant. Bien que courte, l’aventure est intense et effrayante. Les problèmes de frustration sont vite oubliés une fois la logique du jeu intégrée. Une œuvre belle, un jeu prenant et un projet à soutenir absolument.

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