La bande des quatre s'est reformée au panthéon de la B.D.

H. Le.

`Avec le Far West, il ne faut presque rien forcer pour susciter le rire´

BRUXELLES `Il est vrai que le cinéma de la grande époque a joué un rôle important dans mon univers, expliquait Morris. Comme tous ceux qui ont été gosses en même temps que moi, c'est-à-dire dans les années trente et quarante, parce que je suis resté enfant très longtemps, les grands westerns en noir et blanc m'ont marqué et ont inspiré mes personnages.´
Au fil des ans, divers acteurs sont venus se joindre à Lucky Luke. Jack Palance, dans Fil de fer, ou Lee Van Cleef dans le rôle du redoutable chasseur de primes de l'album éponyme ont été deux grandes recrues du dessinateur originaire de Courtrai. Mais plus le temps est passé, plus Morris et ses différents scénaristes se sont inspirés de faits réels pour les aventures de l'homme qui tire plus vite que son ombre.
`Au départ, je me basais sur ce que je connaissais de cette période. Il fallait donc que je puise dans les images qui m'avaient abreuvé au cinéma. Ensuite, j'ai commencé à réellement me documenter. Je suis allé de nombreuses fois aux Etats-Unis, j'ai rencontré des Indiens, j'ai lu quantité de livres. Et je suis arrivé à la conclusion que l'histoire du Far West était tellement riche en anecdotes et en personnages truculents qu'il ne fallait guère accentuer ou forcer la réalité pour faire rire les lecteurs.´
A chaque fois qu'il abordait son univers de papier, Morris se délectait. L'homme était un vrai amoureux de ses personnages, de cet univers qui était son quotidien depuis plus de cinquante ans.

Un projet de polar

`Vous savez, je n'ai jamais regretté de m'être pleinement consacré à Lucky Luke. C'est peut-être une habitude des gens de ma génération. Regardez Roba, par exemple, cela fait aussi un demi-siècle qu'il s'amuse à dessiner Boule et Bill. Pourquoi voudriez-vous que l'on change quand on s'amuse toujours en travaillant? J'ai même parfois des hésitations à utiliser le terme travail, même si je passe de très nombreuses heures sur ma planche à dessin. C'est une passion qui me permet de vivre, de voyager et de procurer, je le pense, du plaisir à de très nombreux lecteurs.´
Pourtant, Morris avait un jour planché sur un autre univers. `C'est vrai qu'avec Goscinny nous avons travaillé sur un polar plus contemporain. Je pense sincèrement que l'idée n'était pas mauvaise. Une vingtaine de pages ont été réalisées. Elles sont toujours dans un de mes tiroirs Comme nombre de scénarios de Lucky Luke, d'ailleurs. Le projet n'a jamais abouti par manque de temps, certainement, mais aussi parce que je n'étais peut-être pas convaincu que j'étais suffisamment motivé pour abandonner mon personnage fétiche.´
Morris aimait parler de ses amis de la `grande époque de la bande dessinée belge ´, tout en ajoutant qu'il ne s'agissait pas d'une fièvre nostalgique mais d'une envie insatiable de `se souvenir du temps des copains.´
Des copains avec lesquels il forma longtemps la bande des quatre. Une bande de joyeux lurons aussi fous que talentueux dans laquelle on retrouvait Franquin, Jijé et Will (Morris sillonnera longuement les Etats-Unis avec Franquin et Jijé et c'est dans ce pays qu'il fera la connaissance de Goscinny). Une bande qui vient de perdre son dernier représentant. Ou mieux, une bande qui vient de se reformer au panthéon des géants de la bande dessinée.

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be