La mort de Morris, le géant!

Hubert Leclercq
La mort de Morris, le géant!
©EPA

Morris, le père de Lucky Luke, le plus célèbre cow-boy du monde, s'est éteint à 77 ans. Gros plan sur un parcours hors norme

BRUXELLES Morris, alias Maurice De Bevere, le papa de Lucky Luke, s'est éteint lundi dernier à la suite d'une embolie pulmonaire, selon les déclarations de sa maison d'édition Dargaud. `Il s'était cassé le col du fémur lors d'une chute la semaine dernière qui a nécessité une opération. C'est suite à cette opération qu'il a fait une embolie pulmonaire´, a précisé une porte-parole de chez Dargaud.
Gros plan sur une carrière et une réussite exemplaires.
Un grand jeune homme mal équarri, la cigarette clouée au coin des lèvres, déboule dans les pages de l'Almanach Spirou. Nous sommes en 1947 et Maurice De Bevere, alias Morris, signe les premières pages de ce qui deviendra l'une des plus grandes réussites de la bande dessinée mondiale, au même titre qu'Astérix ou Tintin, Lucky Luke.
Le succès est immédiatement au rendez-vous. A peine le premier opus, baptisé Arizona 1880, est-il sorti qu'une seconde aventure s'esquisse: La mine d'or de Dick Digger.

Fidèle à son seul héros

Le personnage, malingre et chétif, évoluera assez vite physiquement, mais les caractéristiques de ce cow-boy sans peur et sans reproche ont déjà bien présentes. D'abord, un six coups dévastateur. Ensuite, un cheval finalement assez ridicule d'apparence qui sera le véritable confident du héros et son bodyguard de tous les instants. Ajoutez aux deux compères un sens de l'humour débridé et un goût immodéré pour l'aventure et vous obtenez le cocktail d'une réussite internationale.
En cinquante-cinq ans, le dessinateur originaire de Courtrai n'aura connu qu'un seul personnage. Un choix qu'il ne regrettera jamais, tant ce cow-boy solitaire lui vaudra une renommée internationale et un succès sans frontières.
En mai 2000, lors de la sortie de son avant-dernier Lucky Luke (Le prophète), Morris reconnaissait encore son amour `immodéré´ pour ses personnages.
Pendant huit albums, le dessinateur sera aussi le scénariste de ses planches. Mais très vite, Morris succombera au talent de Goscinny. `Au début de ma carrière, tout le monde tirait le diable par la queue. La bande dessinée était assez peu considérée et mal payée, c'est pour cela que l'on faisait tout, se souvenait l'artiste. On écrivait le scénario, on le dessinait et le mettait en couleurs. Un vrai travail d'artisan. Lorsque j'ai rencontré Goscinny, le courant est immédiatement bien passé. Ce type avait un talent fou. Il lui suffisait d'une petite idée pour mettre en branle tout un processus de création. C'était aussi, avec Charlier (ndlr: le scénariste belge de Blueberry ou de Barbe-Rouge, entre autres), l'un des premiers scénaristes professionnels dans ce métier.´
Avant cette association avec Goscinny, Morris s'était rendu pour la première fois aux Etats-Unis. De quoi confirmer sa passion pour l'Ouest. L'association entre les deux hommes durera jusqu'en 1977, date de la disparition prématurée du conteur d'histoires auquel on doit également la fabuleuse saga d'Astérix le Gaulois.
Avec la fin de ce couple, une page de l'histoire de Lucky Luke est irrémédiablement tournée. Morris, qui se consacre désormais uniquement au dessin, va multiplier les collaborations. Vicq, De Groot, Fauche, Léturgie, Vidal ou Nordmann tenteront tour à tour de rendre son lustre au cow-boy solitaire sans jamais parvenir à égaler ce qui avait été réalisé pendant plus de 20 ans.
Pour justifier cette succession de scénaristes, Morris expliquait simplement: `Cette multiplication ne signifie pas que les travaux qu'ils me proposaient ne me satisfaisaient pas. Je reçois énormément de propositions, ce qui me permet de faire un choix. En plus, je pense que lorsque, comme dans les aventures de Lucky Luke, vous tenez une série pendant plus de cinquante ans, il est bon d'injecter régulièrement du sang neuf. Dans ce contexte, mon souci principal est de garder une cohésion et une homogénéité dans l'ensemble des albums.´
Si la qualité n'est plus nécessairement au rendez-vous, le succès de Lucky Luke ne se démentira jamais grâce notamment aux nombreuses vies annexes du héros de papier qui fut l'un des premiers à connaître une seconde vie sur les petits écrans au travers des nombreux dessins animés réalisés sous la houlette des studios Hanna-Barbera.


Morris osait parler de repreneur pour ses héros

BRUXELLES Morris, lors du dernier entretien qu'il nous avait accordé, en été 2000, avait évoqué le futur de son personnage. `Il y a encore tellement de travail à faire avec mon cow-boy que je ne manquerai certainement pas d'occupation dans les prochaines années si on me prête vie.´
Lorsqu'on évoquait sa possible retraite, le dessinateur n'esquivait pas la question. `Il faudra bien qu'un jour je dépose la plume, mais il ne me déplairait pas que mon personnage, lui, continue à vivre.´
Et d'expliquer que des récits parallèles à ceux de Lucky Luke, comme les Rantanplan, étaient déjà entre les mains d'autres dessinateurs. `Comme pour les adaptations en dessins animés ou au cinéma, je n'accepterai jamais que l'on fasse n'importe quoi avec mon cow-boy, mais je ne vois pas pourquoi il devrait ranger son colt parce que je ne suis plus capable de dessiner. Parfois, j'ai l'impression qu'il vit déjà en dehors de moi, je ne peux pas me montrer égoïste et le suicider en pleine jeunesse parce que je n'ai pas sa chance et que je vieillis.´
Mais le dessinateur ajoutait encore: `Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de pendre mon stylo au clou demain. Je m'amuse trop en dessinant. Je pense que c'est la seule chose que je sache à peu près faire et qui m'amuse autant, je ne pourrais pas m'en passer.´

H. Le.

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