Morris gérait un véritable empire

H. Le.

Lucky Luke était devenu, au fil des ans, une véritable mine d'or

BRUXELLES Le pauvre cow-boy solitaire qui s'éloignait seul (avec Jolly Jumper quand même) vers le soleil couchant était devenu, au fil des années et des albums, un véritable business qui rapportait chaque année des dizaines de millions de francs.
C'est que le personnage était mondialement connu. Une aura que seuls pouvaient lui contester Tintin ou Astérix.
Au mois de mars dernier, quelques jours avant la sortie du second long métrage live sur les péripéties d'Astérix le petit Gaulois, les Français avaient mis au point un sondage pour savoir quel était le personnage BD le plus connu dans l'Hexagone. Jubilation suprême pour tous les cocardiers, Astérix arrivait en tête. Une grande première, même en France où, pour la première fois, Tintin n'apparaissait plus comme le héros indétrônable. 53% des Français plaçaient le petit moustachu en tête du hit-parade, alors que Tintin récoltait tout de même (sans nouveauté ni réelle actualité depuis plus de vingt ans) 48% des suffrages, juste devant Lucky Luke et Gaston Lagaffe.
Si Gaston Lagaffe progressait, la stabilité de Lucky Luke était à l'image de sa carrière, linéaire et sans faux pli, comme aurait pu le dire le blanchisseur chinois qui apparaissait dans de très nombreux albums du cow-boy solitaire.

300 millions d'albums

Morris était parfaitement conscient de ce succès et n'avait aucune honte à évoquer l'aspect commercial de son personnage. `Il y a certaines choses que je n'accepterai jamais. Je refuse que mon personnage soit associé à des scènes de violence, à l'alcool ou à tout acte répréhensible. Mais s'il peut, en tenant compte de ces restrictions, amener du plaisir au travers d'attractions ou de jeux vidéo, pourquoi pas?´
C'est que, outre sa casquette de dessinateur et de créateur particulièrement talentueux, Morris passait aussi pour un businessman particulièrement coriace en affaires. Un homme qui n'hésitait jamais à aller devant les tribunaux dès qu'il estimait qu'on avait osé toucher à ses personnages sans en payer le prix.
Lucky Luke était devenu une véritable industrie qu'il gérait en bon père de famille très attentif.
Chaque année, l'homme qui tirait plus vite que son ombre générait un chiffre d'affaires de 250 millions de francs belges (6,20 millions d'euros) rien qu'avec les albums et 1 milliard 230 millions de francs belges (30,5 millions d'euros) avec les produits dérivés (dessins animés, jeux vidéo et objets divers). Des chiffres qui ont de quoi donner le tournis et qui démontrent que loin de son image traditionnelle d'art pour potaches en mal de nostalgie, la bande dessinée est devenue une véritable industrie qui brasse des sommes absolument ahurissantes.
En plus de 55 ans d'existence, et malgré l'apparition et la banalisation relativement tardives des albums, Morris parviendra à écouler plus de 300 millions d'exemplaires des aventures de son Lucky Luke.
Quatre-vingt-sept titres sont parus aux éditions Dupuis et chez Dargaud et ont été traduits en plus de trente langues.

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be