Quarante-trois ans auprès de Marlon Brando

Eddy Przybylski
Quarante-trois ans auprès de Marlon Brando
©OX

Dans son livre, Tarita, son épouse tahitienne, explique que la star ne supportait pas qu'une femme lui dise je t'aime

BRUXELLES Tarita est née si loin d'Hollywood. Elle a passé son enfance dans un village de Bora Bora, en plein Pacifique, dans la région de Tahiti où son papa était pêcheur. Comment aurait-elle pu imaginer que le destin la préparait à être, pendant quarante-trois ans, la favorite d'un homme consacré légende vivante par la grâce d'une industrie hollywoodienne tellement éloignée de son univers.

Auparavant, Tarita avait fait comme tant d'autres: elle était partie à la grande ville. En l'occurrence, il s'agissait de Papeete. Où elle fut engagée comme danseuse. Puis, en 1960, lorsque la production américaine du film Les révoltés du Bounty chercha une fille indigène pour le premier rôle féminin, elle passa le casting. La décision n'était pas encore tombée au moment de la première rencontre avec celui qui deviendra l'homme de sa vie: «Les filles autour de moi commencent à étouffer de gloussements: «C'est lui! C'est lui! C'est l'acteur qui va tourner le premier rôle. C'est Marlon Brando!» Alors, je regarde cet homme dans son bel habit d'officier anglais et je ne vois pas ce qu'il a de plus que les autres.»

Un entremetteur tahitien voudrait que Tarita dîne avec la star. Elle refuse. Conséquence: "Je ne le sais pas encore, mais je viens d'être choisie.»

Tarita affirme qu'elle n'était pas du tout attirée par Marlon Brando. C'est plus tard, en 1961, à Los Angeles où on terminait le tournage, qu'elle s'est sentie troublée, au moment où il fallait s'embrasser et se dire qu'on s'aimait: »Marlon était devenu beaucoup plus gentil.»

Mais elle savait que Brando collectionnait les femmes et Tarita a refusé de céder tout de suite. Elle raconte que, pendant plusieurs mois, elle a dormi avec lui sans quitter sa robe. Un jour, il lui a dit: «Je veux que tu me fasses un enfant tahitien.» Ce jour-là, elle a cédé et elle s'est retrouvée enceinte: «Alors, il n'a plus voulu de cet enfant.»

Leur vie va être centrée sur un étonnant rapport de forces. Souvent, il va délaisser Tarita et à chaque fois qu'elle voudra refaire sa vie, Brando reviendra la reconquérir. Une fois, le retour assuré, il la délaissera à nouveau. Pareil pour leur fils. Tarita rentre avec lui à Tahiti? Brando revient pour quelques semaines, le temps de jouer et de partir à la pêche avec son fils. Puis soudainement, il disparaît et on ne le revoit plus.

Un jour de tendresse, Tarita lui dit Je t'aime. Brando hurle: «Jamais, je n'ai accepté qu'une femme me dise ça! Tu entends, Tarita? Jamais!»

Il a trois fils et son rêve serait d'être le papa d'une petite fille. Il propose à Tarita d'adopter une petite Vietnamienne: «J'ai pensé qu'il n'osait pas me demander de lui faire une petite fille.» Tarita y consent pourtant. Pour avoir plus de chances de son côté, Brando veut qu'elle ait recours à l'insémination artificielle. La petite Cheyenne naît le 20 février 1970. Brando le dur se transforme en papa poule: «Lorsqu'elle pleurait, même au milieu de la nuit, on devait tous aller dans la voiture et il conduisait jusqu'à ce que Cheyenne s'endorme.»

Depuis 1966, il est installé sur l'atoll de Tetiaroa qu'il a acheté. Radioamateur, il communique sans dire qui il est. Il fait du bateau à voile et, la nuit, il peut passer des heures à regarder les étoiles.

En 1972, ni Tarita ni surtout les enfants n'ont le droit de regarder son film Un tango à Paris.

Pourtant, le couple est en procédure de divorce. Brando repart en Amérique. Toutefois, il ne manque aucun anniversaire de sa fille. Mais lorsqu'à 18 ans, Cheyenne devient dépressive et qu'elle le rejoint à Los Angeles, il refuse sa maladie et il l'expédie dans un asile, loin de chez lui, à San Franciso. Cheyenne tente de se suicider deux fois. Après le meurtre de son fiancé, commis par son demi-frère, la troisième tentative est fatale.

Brando propose à Tarita de revenir auprès de lui à Los Angeles. Il l'emmène chez son propre psychanalyste pour une thérapie à deux. Là, répondant à une question du psy à propos de Tarita, il dit: «Je l'aime. Je l'aimerai toujours. Je n'ai jamais cessé de l'aimer.»

Tarita Teriipaia, Marlon Mon amour Ma déchirure, XO éditions

© La Dernière Heure 2005

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