Dans la petite maison où Georges Simenon est mort

E.P.

C'était le 4 septembre 1989. Il y a vingt ans aujourd'hui

L'homme aux 10.000 femmes

LAUSANNE Georges Simenon parlait de sa petite maison rose à l'ombre d'un vieux cèdre. Aujourd'hui, le cèdre n'existe plus et le rose de la façade a disparu sous un mur de vigne grimpante. Mais c'est bien ici, au fond d'une jolie impasse de 200 mètres, au 12, de l'avenue des Figuiers, à Lausanne, que Georges Simenon est mort le 4 septembre 1989. Il y a vingt ans.

Selon la littérature, il s'est éteint dans la matinée, apaisé, en tenant la main de Teresa, sa dernière compagne. Il lui aurait dit : "Maintenant, je vais enfin pouvoir dormir." Reina, la jeune femme qui a racheté la maison à Teresa, qui a bien connu la dernière femme de Simenon, et qui a beaucoup bavardé avec elle, ne croit absolument pas que Georges Simenon ait eu une approche aussi tranquille de la mort : "Il était atteint d'une tumeur au cerveau. En 1984, il a été opéré. Puis il a fait plusieurs séjours en clinique et une convalescence à l'hôtel Beau Rivage. Il était partiellement paralysé. Il ne se déplaçait plus qu'en chaise roulante. Et, sur la fin, il ne vivait plus que dans la grande salle à manger, où on avait descendu son lit et installé son magnétophone. Pour ce que j'en sais, il est mort dans son sommeil."

Les témoignages des voisins confirment qu'à partir de 1987, l'écrivain se trouvait fort diminué. Il ne parvenait plus à allumer sa pipe lui-même.

Il est mort un lundi. Les voisins ne se sont doutés de rien avant le mercredi : Simenon voulait que sa mort ne soit communiquée qu'après l'incinération de son corps et la dispersion de ses cendres.

Cependant, un employé municipal alerta un journal suisse qui publia la nouvelle un jour plus tôt que prévu : le mercredi 6. C'est le jour où Teresa assista seule à la crémation, selon la volonté de son homme. Même les enfants de Simenon ont appris la nouvelle par la radio : à 15 ans, Georges Simenon avait été bouleversé par la vue du cadavre de son propre père. "J'ai décidé que mes enfants n'auraient pas à supporter une telle épreuve." avait-il écrit.

Teresa enterra les cendres dans le jardin, au pied d'un cèdre du Liban que Georges Simenon adorait. Au même endroit se trouvaient déjà, depuis 1978, les cendres de sa fille Marie-Jo.



© La Dernière Heure 2009

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