Inceste, pédocriminalité, censure : l’auteur de BD Bastien Vivès et le festival d’Angoulême dans la tempête

Deux pétitions demandent la déprogrammation d’une exposition consacrée à l’auteur par le festival à l’occasion de sa 50e édition.

 Bastien Vivès
Bastien Vivès se défend de faire l'apologie de quoi que ce soit et dénonce une lecture malhonnête de son oeuvre. ©Dupuis

Pour célébrer sa 50e édition, le festival d’Angoulême rêvait d’une autre publicité. Organisée du 26 au 29 janvier prochain, la manifestation phare de la bande dessinée est dans la tourmente. En cause l’une des expositions annoncées : “Dans les yeux de Bastien Vivès”. Deux pétitions, dont une a déjà recueilli plus de 77 000 signatures, demandent la déprogrammation de celle-ci.

La plus importante des deux dénonce “la banalisation et l’apologie de l’inceste et de la pédocriminalité organisée par le dessinateur de BD Bastien Vivès à travers ses ouvrages et ses propos dangereux.” Initiée par la branche française de Brave, organisme international luttant contre les violences sexuelles faites aux enfants, elle avance des extraits d’interviews données par l’auteur pour étayer sa position : “Moi déjà, l’inceste ça m’excite à mort. Pas celui de la vraie vie, mais celui raconté, je trouve ça génial. Tous ces trucs-là font des histoires incroyables. Quand tu transgresses, quand tu fais quelque chose que t’as pas le droit de faire, c’est agréable à lire”.

Transgressif

Bastien Vivès, 38 ans, est une jeune étoile de la bande dessinée. Multiprimé, il est l’auteur du Goût du chlore, de Polina (adapté au cinéma), du Chemisier, d’un Corto Maltese (Océan noir) et du manga Lastman. À côté de ces titres, il signe également une série d’autres créations nettement plus transgressives, souvent très sexuelles, dont Les melons de la colère, Décharge mentale, etc. Il y flirte avec le politiquement correct et revendique une liberté d’expression totale, le droit de tout dessiner, n’en déplaise aux censeurs.

L’affaire Bastien Vivès ne date pas d’aujourd’hui, mais elle prend une nouvelle ampleur avec l’annonce de l’exposition à Angoulême. L’auteur est dans le viseur depuis 2018 et la sortie de son livre Petit Paul, un ouvrage pornographique racontant, à la façon des Martine, les aventures d’un garçon au sexe monumental. À l’époque, des demandes de retrait du commerce de l’ouvrage avaient été formulées, mais aucune action en justice n’avait été entreprise affirme Le Point.

Un autre de ses ouvrages est également pointé du doigt, Une sœur, qui a été adapté à l’écran sous le titre Falcon Lake. Il s’agirait pour ses détracteurs d’une incitation à l’inceste.

Bastien Vivès a répondu aux accusations proférées à son encontre via son compte Instagram dans lequel il se met en scène interrogé par des enquêteurs. Il y explique faire l’objet de menaces de mort et être la cible de gens qui “essayent de démontrer par tous les moyens que je suis pédophile, en isolant des citations dans des interviews ou sur les réseaux sociaux”. Il pointe notamment l’extrait cité plus haut comme étant tiré d’une interview filmée de 30 minutes donnée au magazine féministe Madmoizelle dans laquelle il était question de fantasmes.

Il le clame haut et fort dans Le Parisien : “S’il faut le redire, je vais le redire. Non, je ne suis pas pédophile et, non, ce n’est pas mon fantasme. […] Qu’on n’aime pas mon travail, je peux comprendre. Certaines de mes déclarations outrancières qui ont pu blesser, je les regrette. Mais aujourd’hui, ça va plus loin : c’est ma personne que l’on vise”. Et il ajoute : “En ce qui concerne les albums dont on parle, je ne regrette rien. J’ai toujours mêlé humour et pornographie dans une tradition grivoise, proche de celle de Fluide Glacial. Mais je ne fais l’apologie de rien et je n’incite personne. Si représenter, c’est considéré comme faire de l’apologie, je pense qu’il y a un problème de société… Ça me rappelle les débats sur Charlie…” Il juge son œuvre inattaquable et dénonce la lecture malhonnête qui en est faite.

L’auteur a déposé une main courante suite aux menaces dont il fait l’objet. Il dit avoir de quoi porter plainte. De son côté, le festival d’Angoulême parle d’une exposition qui n’a rien de pornographique.

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