Livres/BD Un tirage de cinq millions d’exemplaires pour La Fille de Vercingétorix, 38e album du petit Gaulois qui sort aujourd’hui. Un vrai phénomène d’édition.

Les enquêtes scientifiquement menées à grands coups de baffes reçues par les légions romaines le prouvent sans discussion : la potion magique décuple la force d’Astérix, Obélix et des autres irréductibles Gaulois. Dans le monde de l’édition, l’effet est un peu moins frappant, mais reste spectaculaire. Avec un premier tirage de cinq millions d’exemplaires en quinze langues pour le nouvel album, La Fille de Vercingétorix, la BD reprise par le scénariste Jean-Yves Ferri et le dessinateur Didier Conrad massacre toute concurrence encore plus sèchement qu’un Numide. À titre de comparaison, la meilleure vente francophone de l’an dernier, Lucky Luke - Un cow-boy à Paris, s’est écoulée à 319 000 exemplaires. Un monde d’écart. Au total, les aventures des héros créés par Goscinny et Uderzo voici quasiment 60 ans ont trouvé acquéreur 380 millions de fois. Sans données officielles, il est généralement estimé qu’il s’agit probablement d’un record planétaire pour une BD, correspondant à un poids de 13 000 tonnes ou une hauteur équivalente à 8 900 fois la Tour Eiffel.

À lui seul, Astérix représente 4 % de tout le neuvième art francophone, alors que sortent tous les ans plus de 5 300 publications. C’est dire si les libraires lui déroulent le tapis rouge à chaque sortie, et vont mettre tant et plus en valeur La Fille de Vercingétorix, en vente à partir d’aujourd’hui, cinq jours avant le soixantième anniversaire de la première publication moustachue dans Pilote, le 29 octobre 1959.

Manifestement inspiré par Le Bouclier arverne (1968) ou Astérix et le chaudron (1969), ce trente-huitième opus voit les Farc (Front arverne de résistanche checrète) demander à Ordralfabétix de protéger la fille de Vercingétorix, Adrénaline, dont tout le monde ignorait l’existence (même les historiens…). La raison ? Son vaillant paternel a jeté ses armes aux pieds de César, mais pas le torque, symbole de royauté gauloise remis discrètement à sa descendante.

La mission ne paraît pas impossible, mais délicate quand même : l’adolescente, au caractère bien trempé, est du genre fugueuse. Et pour parvenir à ses fins, elle peut compter sur l’aide de Selfix et Blinix, les fils pacifistes du forgeron et du poissonnier, passés maître dans l’art de tromper le garde bas de plafond, Simplebasix.

Pas question de compter sur les légionnaires romains pour l’arrêter : éviter une nouvelle guerre des Gaules, synonyme de baffes en tout genre, les incite plutôt à ne rien voir, ne rien entendre.

Par contre, le redoutable espion, Adictosérix, ne partage pas leur désinvolture et mettrait volontiers la main sur l’ado rousse.

Placé sous le signe de #MeToo (c’est la première fois qu’une héroïne mène l’action) et de "Balance ton sanglier" (dont la surconsommation irrite les plus jeunes, tout comme le jet d’amphores à la mer), cet album fait la part belle à l’humour et aux références. Entre les chants pirates ("Amphore et Amphore", "Phénicie aussi", "Il était gai comme un Phénicien…"), la caricature (l’ancêtre éméché de Charles Aznavour), le clin d’œil historique (Letitbix, sosie de Jehan Pistolet, le héros créé en 1952 par Goscinny et Uderzo dans La Libre Belgique, cite John Lennon), les jeux de mots ("C’est la montée d’Adrénaline" sur un mât), le retour du marchand Epidemaïs et les nombreux personnages aux noms croustillants (Strictosensus, Dislexix, Monolitix, Ipocalorix, Ludwikamadeus et ses "rythmes barbares"), les occasions de rire et de se souvenir des anciennes planches pullulent.

Rien de révolutionnaire, mais les très nombreux fans des guerriers tressés devraient apprécier cette joyeuse tranche de nostalgie.