Pierre et le loup de Prokofiev, Le carnaval des animaux de Saint-Saëns, Les musiciens de Brême des Frères Grims, tous ces contes musicaux ont illuminé notre enfance. Une liste à laquelle il convient d’ajouter Émilie Jolie de Philippe Chatel et désormais aussi une petite dernière, Zélie la pirate, dont le livre-album vient de sortir. Du haut de ses quinze ans, Zélie rêve de devenir pirate, comme son papa, le redouté et redoutable capitaine William McPherson, seul maître à bord de l’Aramacao, le plus célèbre des navires pirates. Entourée par une galerie de personnages hauts en couleurs comme la belle Bella Rossa, Barnabé Barbemolle, Charles de la Marre de l’Étang Sec et du surprenant perroquet Hashtag, elle emmène petits et grands vivre la grande aventure tout au long d’un livre de 48 pages joliment illustré par Guylaine Lafleur et Aurélie Cabrel, et d’un CD de 45 minutes où s’entrecroisent de croustillants dialogues et une douzaine de chansons entraînantes que l’on se prend à fredonner immédiatement.


À la manœuvre, il y a Aurélie Cabrel, fille aînée de Francis Cabrel, et son équipage composé d’Esthen Dehut qui partage sa vie et des deux autres flibustiers, Olivier Daguerre et Bruno Garcia. "En grandissant, je me disais que j’adorerais écrire des livres pour les enfants, nous confie-t-elle depuis Astaffort, le fief familial des Cabrel. Finalement, j’y suis arrivée mais pas toute seule, loin de là. Heureusement que j’ai mes trois acolytes parce que c’est un travail d’équipe et de parité. On est tous égaux dans cette affaire. Personne n’a fait plus que quelqu’un d’autre dans l’écriture des textes, la composition des musiques, etc."

Chantal Goya, Henri Dès et Dorothée

L’idée de Zélie la pirate est née il y a quatre ans, explique-t-elle. À l’époque jeune maman, elle cherchait un livre qui permettait de plonger dans l’univers des enfants tout en écoutant de la musique. Comme quand elle était enfant, souligne-t-elle. "J’ai le souvenir des disques et spectacles incroyables de Chantal Goya, d’Henri Dès et de Dorothée qui nous embarquait dans des péripéties avec son équipe complètement folle, se rappelle Aurélie Cabrel. Aujourd’hui, il y a plein de jolies choses mais je n’ai rien trouvé qui répondait à mon attente. Avec Esthen Dehut, nous avons appelé des amis Olivier Daguerre et Bruno Garcia. On s’est mis autour d’une table et nous avons commencé à rire et à écrire une histoire qui permettrait de sortir les enfants du climat compliqué sur le plan social et de terreur que l’on connaît depuis quelques années."


La musique comme une évidence

Dès le départ, l’idée est claire, ce sera un livre accompagné de musique." Parce que nous sommes tous les quatre auteurs-compositeur-interprètes pour les grands", indique la chanteuse qui a déjà deux albums à son actif. Pourquoi la piraterie lui demande-t-on ? "Je ne sais pas expliquer pourquoi mais cela s’est rapidement imposé à nous. Comme nous voulions une thématique qui plaise autant aux petites filles qu’aux petits garçons, nous avons imaginé une pirate, afin d’amener un côté féminin dans cet univers très masculin au départ."


Pas question en revanche de faire évoluer tout ce petit monde dans l’univers des Bisounours. Zélie et ses compagnons d’aventure sont bien ancrés dans la modernité. La preuve, on croise même un GSP dans le récit. "S’il y a bien des gens qu’il ne faut pas prendre pour des imbéciles, ce sont les enfants, insiste-t-elle. Ils ont souvent une vision de la vie et du monde hyper simple que nous devrions parfois retrouver, sans ego, sans états d’âme. Ça nous ferait du bien. On ne voulait pas infantiliser les enfants. C’est pour ça que Zélie, qui a quinze ans, découvre les sensations amoureuses et qu’elle est une semaine sur deux avec son papa sur le bateau puis chez sa maman, à terre. Il y a aussi un message qui est de ne pas se fier aux apparences. Sur le papier, le personnage de Barbemolle, la nounou de Zélie, est le plus pirate de tous, avec sa carrure à la Sébastien Chabal (le joueur de rugby français, NdlR). Mais au final, c’est surtout la personne la plus sensible et la moins pirate de l’histoire puisqu’il n’aime pas la violence. Le défi était aussi de ne pas faire grandir les enfants trop vite, d’où le côté magique qu’apporte le perroquet Hashtag. Et un conte plein d’amour."

Aussi pour les parents

Dans Zélie la pirate, il y a du Rio, du Peter Pan et même du Livre de la jungle avec quelques fourberies glissées dans l’histoire. Le tout est sublimé par l’écoute du CD qui apporte un côté festif avec ses imparables chansons. Grâce aux illustrations et à la musique, Zélie touche toutes les tranches d’âge. Dès l’âge de deux ans, les enfants pourront chanter et danser sans porter attention au récit, explique Aurélie Cabrel. Et à onze ans, ils auront une autre perception de l’histoire. Sans oublier les parents, ajoute-t-elle. "Nous voulions absolument embarquer à bord parce que quand leurs enfants écoutent des trucs pourris jusqu’à 130 fois par jour, c’est infernal. Nous avons essayé de faire en sorte qu’ils passent au moins un bon moment." C’est réussi.


Une affaire de famille

Zélie la pirate, c’est une histoire de famille. Si à la barre il y a Aurélie Cabrel, son compagnon Esthen Dehut et leurs amis, on y croise aussi un certain Francis Cabrel qui a participé à l’enregistrement des chansons et signe une préface pleine de tendresse. "J’ai été très touchée quand je l’ai découverte, confesse sa fille. J ai même eu la larme à l’œil. Savoir qu’il écoute désormais les histoires de ses enfants, c’est un peu la boucle qui est bouclée pour moi qui suis maman aujourd’hui." Elle a le souvenir de ces histoires que son père lui racontait ainsi qu’à sa sœur Manon. "J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont toujours fait très attention à leurs enfants,dit-elle. Cela fait près de quinze que je tanne mon père pour qu’il écrive les chansons qu’il nous racontait quand nous étions petites. On le connaît pour ses chansons mais c’est un magnifique auteur pour enfants. S’il couchait ça sur le papier, je suis certaine que ce serait fabuleux. Sans écran, sans papier, sans stylo, juste avec sa voix, il nous faisait rêver."


Sur la couverture du livre, il est indiqué "Chapitre 1". Cela signifie qu’il y aura une suite ?

"Dès l’instant où Zélie est née, elle nous a embarqués dans son aventure. C’est une petite nana qui a encore plein de choses à vivre et à dire. En décembre, nous commençons l’écriture du chapitre 2. Nous pensons aussi déjà à faire tout ce qui est dessin animé, spectacle, etc. Zélie est partie pour grandir et embarquer tout le monde sur l’Aramacao (le bateau de son père, NdlR). Elle va nous amener très loin. Naturellement, en écrivant le squelette de l’histoire, on s’est aperçu que l’on couchait sur le papier plein de détails, comme pour un script. Si quelqu’un nous dit aujourd’hui qu’il souhaite produire le spectacle Zélie la pirate ou en faire un dessin animé, je peux lui envoyer le scénario hyper détaillé dans les cinq minutes."

On se prend à rêver de vous voir interpréter cela en famille. Est-ce possible ?

"En toute honnêteté, il faut savoir s’arrêter au bon moment. Zélie est tellement forte, elle a tant de choses à raconter, et les autres personnages ont tous une identité si particulière, que si on mettait sur scène une Aurélie Cabrel, un Francis Cabrel, un Esthen Dehut, un Olivier Daguerre et un Bruno Garcia, ça ne servirait pas l’histoire. Il faut savoir passer le flambeau. Nous avons fait ce que nous savons faire et il faut se dire qu’on n’est pas maître dans toutes les matières, loin de là. Il y a des comédiens au talent monumental qui vont pouvoir mille fois plus sublimer les choses que nous. La porte leur est grande ouverte."