En apparence, ce livre ressemble à tous les autres. Mais derrière sa couverture beige se cache un secret des plus troublants. Ce bouquin, entreposé à la Bibliothèque royale de Belgique (KBR) a été relié... avec de la peau humaine. Il s'agit de l'une des 18 œuvres reliées de cette manière existant dans le monde. Dans un reportage diffusé le 7 juillet, Canvas Curiosa a cherché à en savoir plus.

"C'est troublant", confesse la restauratrice Tatiana Gersten en sortant l'ouvrage de l'enveloppe dans laquelle il était conservé. "On se sent un peu malaise, ça dérange. Mais c'est comme ça. Il est en bon état donc je suis contente de ne pas devoir le restaurer".

L'experte l'affirme : il s'agit bien de peau humaine. "Des tests ont été réalisés et on en est sûrs à 98%". Les 2% restants sont dus au fait que la reliure pourrait avoir été faite en peau de grands singes dont les acides aminés sont semblables aux nôtres. "Mais c'est très très peu probable", explique-t-elle.

Selon The Anthropodermic Book Project, qui regroupe anthropologues, chimistes et autres spécialistes des livres, 50 ouvrages reliés avec de la peau humaine ont été répertoriés dans le monde, 31 toujours en cours de tests et 18 authentifiés.

Pourquoi relier des livres avec de la peau humaine?

Ce procédé dérangeant, appelé "bibliopégie anthropodermique", a été utilisé à plusieurs reprises au cours des siècles, que ce soit à la demande de défunts qui voulaient "rester éternellement" auprès de leur famille ou par des fabricants voulant "coller" au mieux au contenu du livre (qui abordait l'âme humaine ou la mort). Michiel Verweij, le conservateur de la "réserve précieuse" de la Bibliothèque royale de Belgique, se souvient d'ailleurs d'un cas particulièrement parlant. Celui d'un dossier pénal regroupant les aveux d'un criminel, relié avec sa propre peau, après son exécution.

"La peau de condamnés à mort ou de marginaux pouvait servir à cette fin", note Michel Verweij dans des propos retranscrits par la VRT. En ce qui concerne le livre entreposé à Bruxelles, personne ne peut dire de qui provient la peau utilisée. "Le livre traite des cimetières, il est donc possible que la peau du corps d’un inconnu ait été utilisée à la morgue", suppose-t-il.

Même si tout cela peut vraiment mettre mal à l'aise, les conservateurs ne voient pas de raison de se débarrasser de ce livre. "Cela fait partie de l'Histoire", concluent-ils, tout en précisant qu'il n'est "pas exposé au public". 

Pour voir le reportage de Canvas en entier :