Florence Porcel ne s'en cache pas (ou plus): "Pandorini", le roman qu'elle vient de publier aux Editions J.C. Lattès, est en grande partie, inspiré de sa propre histoire. Et si celui qui viole son héroïne de papier n'est pas présentateur du JT mais comédien, les ressemblances avec Patrick Poivre d'Arvor sont effectivement partout. Pandorini est grand, sa voix est douce et carressante. Il sait se montrer charmeur, être ou feindre la timidité. Certaines phrases du livre sembleraient presque sorties des témoignages qui viennent d'être recueillis par "Le monde" et qui accablent un peu plus encore l'ancien présentateur vedette de TF1. Ainsi, parmi les questions que Pandorini pose à l'aspirante comédienne, il y a celles-ci: "Etes-vous heureuses?", "Et dans vore vie amoureuses?", "Vous n 'avez pas de vie amoureuse?", "Ca fait combien de temps que vous êtes célibataire?"

Dans son roman, Florence Porcel raconte comment un acteur connu - le plus connu, même - va profiter de la naïveté d'une jeune femme de 19 ans à peine en lui faisant miroiter un avenir radieux dans le cinéma. Sauf que le rendez-vous, d'abord sur un plateau de cinéma (le décor du JT, évoqué dans "Le Monde" n'est pas loin...) va vite tourner au cauchemar quand Pandorini l'emmène discuter au calme dans son bureau. Porte fermée, un verre pour détendre l'atmosphère et puis la langue au fond du gosier, les mains qui pétrissent, qui salissent. Enfin, le dépucelage sur un canapé, sans un mot et sans plaisir. Il ne reste qu'à se rhabiller, le rouge au front et prendre le métro pour rentrer chez soi...

Il va falloir du temps, beaucoup de temps, à la comédienne pour se reconstuire et oser s'avouer ce que ses amies avaient compris depuis longtemps: elle n'a pas vécu le plus beau jour de sa vie, ce 22 mars 2004: elle a été violée. Pendant des années, ivre d'espoir et de chagrin, elle va continuer à l'aimer sans s'accorder le droit de le condamner. Il va falloir attendre que Pandorini meure pour qu'elle se libère enfin et qu'elle accepte de parler. En son nom, mais aussi pour les autres, celles qui, avant elles, avaient osé dire que cet homme si doux, si prévenant, qui s'investissait dans la lutte contre les violences faites aux femmes (après que sa mère soit tombée sous les coups de son père) était aussi un prédateur sexuel. C'est par voie de presse qu'elle va faire connaitre son histoire...

Son livre, Florence Porcel le dédicace "à toutes celles qui, elles aussi". Le message ne saurait être plus clair. Dans ses pages, tous les reproches qui lui sont aujourd'hui adressés, sont déjà préfigurés: les proches du violeur qui nient les faits, les amis qui la prennent de haut et ceux qui l'accusent de se faire là une publicité gratuite, qui n'y voient qu'une manière de doper sa carrière.

Mais l'auteure ne se démonte pas et poursuit, jusqu'au bout, le récit de sa honte.

"Pandorini" est un roman, certes. Mais placé sous les projecteurs de l'actualité, on déchiffre entre les lignes, comme écrits à l'encre sympathique, des phrases dont le sens a une toute autre portée.

Florence Porcel, "Pandorini", (J.C.Lattès)

© D.R.