François Forestier, entre roman et policier

BRUXELLES Si François Forestier se défend d'avoir voulu, avec Marilyn et JFK , écrire un livre de révélations, pour tout qui s'intéresse un tant soit peu à ce couple mythique, l'ouvrage est bourré de faits, de dialogues et de scènes qui laissent sans voix. Point ici de déférence ou de panégyrique : l'auteur aborde son sujet avec la plume du journaliste qu'il est. Cela donne un ton vif, percutant et, surtout, cela se lit d'une traite, à mi-chemin entre le roman et le rapport de police. "Mon univers n'est pas celui du consensus gentil et sympathique ", dit-il. "Ce qui m'intéresse, c'est de montrer l'envers du décor. Et s'il est noir ou peu recommandable, tant pis, c'est comme ça. Du coup, le contraste est d'autant plus fort avec les instants de sentiments vrais. Je pense qu'entre Marilyn et Kennedy, il y a eu de petits moments, des étincelles. Mais qu'ils étaient confrontés à fortes parties. Les univers dans lesquels ils se mouvaient étaient particulièrement sordides ."

Vous avez eu accès à des documents inédits pour écrire ce livre. Vous dites vous même que presque tout a été détruit...

"Effectivement, beaucoup de choses ont été détruites. Mais il n'y a pas une ligne de dialogue dans mon livre qui ne soit pas vraie. Ce sont des choses qui ont soit déjà été reproduites, soit utilisées. En revanche, c'est que j'ai eu accès, au fil de mes 40 ans de carrière de journaliste cinéma, à des gens qui m'ont parlé de Marilyn. J'ai interviewé Billy Wilder quatre fois, John Frankenheimer qui était un ami de Bobby Kennedy, j'ai été voir John Huston chez lui au Mexique. Tous ces gens ont évoqué Marilyn soit avec tendresse, soit avec mépris. J'ai fait mon choix dans tout ça. Et puis, j'ai croisé ça avec les informations dont je disposais déjà. On a raconté tellement de bobards sur elle et sur lui... "

Marilyn et JFK étaient sous écoute permanente : des milliers de micros truffaient leurs vies...

"C'était le cas, je ne me permettrais pas d'inventer ce genre de chose. Quand j'ai commencé à écrire ce livre, je savais qu'il me faudrait plus que leur histoire d'amour. La deuxième histoire qui est venue s'imbriquer dans la première, ce sont ces micros. Il y en avait partout et tout le temps. Quand l'appartement de Marilyn a été racheté par Veronica Hamel, elle a fait faire des travaux de rénovation. C'est là qu'on a découvert qu'il y avait, au bas mot, quatre jeux de micros cachés dans les plâtres et les stucs. "

Vous avez signé un livre sur Howard Hugues et sur Onassis. Vous y aviez croisé les Kennedy...

"Exactement. J'ai découvert que l'univers des Kennedy était absolument terrible. Le père, Jo, n'était peut-être pas aussi fou qu'Howard Hugues, mais il était aussi peu recommandable. Quant à Jackie, on se doute bien qu'elle n'avait pas épousé Onassis par amour. Devant la masse de choses écrites sur cette famille, j'avais un peu peur. Mais je me suis lancé et je me suis dit Pourquoi pas y aller à fond et parler de Marilyn ?"

Pour vous, Marilyn n'a pas été tuée par les Kennedy, elle ne s'est pas suicidée ?

"Les Kennedy n'avaient pas besoin de la tuer : il suffisait de la faire interner. Il y avait des antécédents de folie dans sa famille. C'était une femme suicidaire, mais une actrice ne met pas fin à ses jours dans un état de crasse comme celui dans lequel on l'a trouvée. Et puis, dans le mois qui a précédé sa mort, elle avait quand même fait trois overdoses. Pas des petites. La quatrième a été fatale. C'est une femme qui ne savait pas à quel point elle était malade."

Le temps passant, des archives vont s'ouvrir. Vous pensez qu'on y découvrira encore des choses ?

"Oui, je pense. Celles de la CIA s'ouvriront en 2028 et on aura accès aux rapports d'autopsie de JFK, par exemple. Rien que ça révélera des choses : on pourra savoir combien de balles l'ont touché, où était le tireur. "

François Forestier, Marilyn et JFK,Albin Michel.



© La Dernière Heure 2008