Entre réalisme et fantastique, l’univers humaniste et sombre du dessinateur, scénariste et réalisateur Enki Bilal se dévoile à compter de samedi au Fonds Hélène et Édouard Leclerc (FHEL) de Landerneau (Finistère) avec plus de 250 œuvres dont certaines inédites.

Dessins, peintures, films et écrits sont présentés depuis ses débuts dans la bande dessinée, dès les années 1970, jusqu’à ses œuvres les plus récentes et, pour certaines inédites, comme la série que l’artiste, né en 1951 à Belgrade, prépare en écho avec le célèbre tableau de Picasso, Guernica.

"C’est un auteur de bande dessinée, mais très vite il va élargir son horizon et ses moyens d’expression", explique Serge Lemoine, commissaire de l’exposition qui prendra fin le 4 janvier.

"Tout ça est au service d’une pensée, au service d’une vision du monde" qu’il a exprimé "très tôt" autour de grands thèmes dont celui, majeur, de la violence, de la guerre, des massacres, du terrorisme…, poursuit l’ancien directeur du musée d’Orsay.

"Ce faisant il ne fait pas autre chose que ce que faisait Goya à son époque", souligne l’expert, citant le peintre espagnol du XVIIIe siècle.

L’estampe du peintre espagnol "Enterrar y callar" (Enterrer les morts et se taire) figure ainsi à côté de la couverture de la jaquette du roman de Dan Franck "Nu Couché" qu’Enki Bilal a illustré. "Je ne pensais pas qu’un jour je serais exposé à côté de Goya", sourit l’artiste vêtu de sombre comme à son habitude.

"J’essaie de montrer ce qui me fascine dans le monde", explique-t-il plus sérieusement à l’AFP. "Je fais partie des privilégiés qui n’ont pas connu" la Seconde guerre mondiale, la Shoah, la guerre au Rwanda… "mais en même temps on ne peut pas ignorer" tout cela, estime-t-il, regrettant "l’absence totale de devoir de mémoire" de nos jours, qui fait que la violence "s’installe comme une espèce de norme". "Et à chaque fois ça recommence", note-t-il avec pessimisme.

La violence, mais aussi la géopolitique, la métamorphose et, au bout du parcours, l’amour, comme une "pause", sont quelques-uns des thèmes présentés.

"Les thèmes qu’il aborde sont ceux qui font débat dans notre société", note Michel-Édouard Leclerc, à la tête du Fonds du nom de ses parents, pionniers de la grande distribution. "C’est un artiste majeur qu’il fallait ne pas montrer cantonné à la bande dessinée", juge-t-il.

Enki Bilal, arrivé en France à l’âge de dix ans, est l’auteur de nombreux albums dont "Les Phalanges de l’Ordre noir", "La Foire aux Immortels", "Froid Equateur" ou plus récemment la série "Bug" encore en cours.