Marieke Lucas Rijneveld n’est pas n’importe qui. Âgée de bientôt 30 ans, elle s’est fait remarquer par son talent dès la sortie de son premier recueil de poèmes en 2015. En 2018, la sortie de son roman Qui sème le vent (É. Buchet-Chastel) a enfoncé le clou. Il lui a valu de recevoir l’an dernier le prestigieux prix International Booker Prize dont elle est la plus jeune lauréate à ce jour. C’est auréolée de ce prix qu’elle a été sollicitée par la maison d’édition Meulenhoff pour traduire The Hill We Climb, le poème de la jeune poétesse afro-américaine Amanda Gorman lu lors de l’investiture de Joe Biden en janvier dernier et également remarquée lors du dernier Super Bowl. Un texte qui a fait fort impression.

Oui mais voilà, Marieke Lucas Rijneveld, aussi talentueuse soit-elle, n’est pas noire et cela n’a pas plu. Le 25 février, dans le Volksrant, quotidien néerlandais, la journaliste et activiste noire Janice Deul a jeté un pavé dans la mare. "Sans rien nier des qualités de Rijneveld, pourquoi ne pas avoir choisi quelqu’un qui, comme Gorman, soit une jeune femme, slameuse et fièrement noire", interroge-t-elle.

Il n’en fallait pas plus pour que la polémique s’empare de la presse et des réseaux sociaux. Face à la levée de boucliers, Marieke Lucas Rijnevled a fini par renoncer, de son propre chef, à la mission qui lui avait été confiée. Elle s’en est ouverte sur Twitter : "Je suis choquée par le tollé qui entoure ma participation à la diffusion du message d’Amanda Gorman et je comprends les gens qui se sentent blessés par le choix de Meulenhoff de me choisir."

Depuis, l’affaire a largement dépassé les frontières des Pays-Bas. Dans un article du Point, la traductrice belge Katelijne De Vuyst, qui la première a traduit en néerlandais le texte d’Amanda Gorman, dit "ce débat est tout le contraire du message d’Amanda Gorman". La maison d’édition Meulenhoff a d’ailleurs rappelé que la poétesse et son équipe étaient ravis du choix de Marieke Lucas Rijneveld pour la traduction du The Hill We Climb.

Dans les pages du Figaro, le romancier franco-congolais Alain Mabanckou a également réagi, jugeant qu’exiger qu’un auteur noir soit traduit par un Noir "est une forme de racisme".

La traduction française du texte d’Amanda Gorman ne devrait en revanche pas subir les mêmes critiques, les éditions Fayard ayant confié celle-ci à la Belge Lous and the Yakuza, artiste noire et très engagée pour la cause des Noirs.