Une grande artiste, mais une personne très chiante”. Voilà, en quelques mots, le portrait brossé par Marie-Hélène Taphorel, membre de la première heure du fan-club de Françoise Hardy, qui rencontre son idole pour la première fois à 13 ans à peine. Quelques mots qui, s’ils ne disent pas tout de l’interprète de “Tous les garçons et les filles”, en disent néanmoins beaucoup. Sur la retenue, la froideur et ce drôle de sentiment d’imposture – allez savoir – que Françoise Hardy a très vite et très profondément éprouvé après avoir été propulsée au-devant de la scène, elle qui n’aime que l’ombre et la discrétion.

Elle l’a pourtant bien cherchée, cette notoriété. Ou plutôt, elle a cherché à ce que l’on aime son travail, qui consiste à écrire de jolis textes (souvent mélancoliques) sur des jolies mélodies (mélancolique itou). Revers de la médaille, la jeune femme discrète, photographiée en 1962 par Jean-Marie Périer, la grande bringue qui ne cherche pas à mettre son incroyable beauté en valeur, va devoir incarner un personnage dont elle se sent à mille lieues.

C’est ainsi que s’ouvre la biographie que lui consacre Marie-Dominique Lelièvre, portraitiste à "Libération", qui a signé des bios de Sagan, Gainsbourg ou Chanel. Si elle s’autorise des détours qui servent à expliquer la personnalité de son sujet (familles du père, de la mère, contexte politique de la France des yé-yé), elle revient toujours à l’essentiel : Françoise. En exhumant des bouts d’interview donnée par la chanteuse (“Je suis une statue immobile, qui chante”) mais aussi de ceux, à l’instar de son premier amour, Jean-Marie Périer, qui l’ont connue mieux que personne.

Quand Mick Jagger lui faisait du pied

Dans les pages de "Françoise Hardy, étoile distante" (un titre qui résume tout), on croise encore Mick Jagger lui faisant du pied sous la table, Courrèges, l’homme qui a inventé son “look” et, bien sûr, Jacques Dutronc, auquel son nom, pour toujours, sera lié.

Leur première rencontre est un fiasco, mais la suite, ah… la suite. “On s’est trouvés, rien n’est perdu, nous sommes éperdus, on va le prouver”, chantent-ils ensemble dans l’émission Dim Dam Dom, en 1967. Il leur faudra du temps, pourtant, à ces deux grands timides pour franchir le pas. Le soleil corse aidera au rapprochement.

Mais c’est finalement la partie la plus brève du livre, sans doute parce que la plus empruntée par de nombreux biographes (et par Françoise elle-même), que celle consacrée sa longue histoire d’amour avec Jacques. Puis avec… Thomas, son fils, qui naît le 16 juin 1973. Parce que Jacques est souvent sur la route, c’est Françoise qui l’élèvera seule, en grande partie. Retour à la case solitude, donc. Un état qui ne déplaît pas à la chanteuse, quand c’est elle qui la choisit. “Jacques m’a dressée à la solitude. Les vingt années où j’ai été très amoureuse de lui, je l’ai peu vu…”, confiait-elle il y a quelques années.

Aujourd’hui, ils sont amis. Quand Françoise a failli mourir, en 2015 (elle est restée dans le coma durant trois semaines), Jacques aurait dit à celle qui partage aujourd’hui sa vie – Sylvie Duval, mais la chanteuse ne prononce jamais son nom – que c’était Françoise, la femme de sa vie. Cela semble lui suffire. Ça, son fils et l’écriture.

Marie-Dominique Lelièvre, "Françoise Hardy, étoile distante", Flammarion

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