La fournée de janvier, moins plantureuse que celle de septembre, offre tout de même 481 titres, français et étrangers.

La saison des prix est passée mais, pour les auteurs dont les ouvrages sortent en janvier, l’enjeu reste de taille. Car se faire une place au milieu des 481 titres (soit douze de moins que l’an dernier), français et étranger, qui sortent ces jours-ci, n’est pas une mince affaire.

Contrairement à celle de 2019, qui avait vu l’arrivée d’un mastodonte des ventes - Michel Houellebecq, auteur le plus lu chez nous avec Sérotonine -, cette rentrée semble toutefois plus ouverte. Ce qui permettra à des auteurs plus confidentiels mais non moins talentueux, de faire parler de leurs ouvrages.

Il y a toutefois quelques incontournables à épingler en ce début d’année. À tout prix Goncourt tout honneur, Pierre Lemaitre sera de retour avec le troisième volet de sa trilogie (entamée avec Au-revoir, là-haut, poursuivie avec Couleurs de l’incendie) : Miroir de nos peines. On y retrouve Louise, la petite fille du premier tome, devenue femme, à l’aube des années 40. C’est de sa vie et de ses rencontres qu’il sera question au fil des 554 pages d’un roman foisonnant, qui emmène le lecteur sur les routes de l’exode, dans une France qui a perdu tous ses repères.

Autre "gros morceau" : Frédéric Beigbeder. Pas de titre sur la jaquette de son roman mais un émoticone "mdr". Comprenez L’homme qui pleure de rire. Ici aussi, c’est une trilogie qui se referme puisque l’on retrouve pour la troisième fois Octave Parango, avec 99 Francs et Au secours pardon. Dans une adresse à son lecteur, Beigbeder affirme que "tout est malheureusement vrai (et vécu) dans cette satire, hilarante et désespérée, des dérives de notre société de divertissement."

Autres retrouvailles : celles que l’on se délecte de faire avec Daniel Pennac (La fée carabine, La petite marchande de prose, etc.). Dans La loi du rêveur, l’auteur adresse un clin d’œil à Fellini puisque c’est en regardant Amarcord que le héros est victime d’un accident qui le plonge dans le coma. Il revit alors sa vie… un tantinet différemment. Un livre plein de dinguerie et de poésie.

Chez le même éditeur (Gallimard), Érik Orsenna est de retour avec Briser en nous la mer gelée. Soit une histoire d’amour, de géographie, de continents et de libraires slavophiles.

Après s’être attaché à raconter la vie de Frida Kahlo (Les amants de Coyoacan) et de Violette Morris (l’incroyable Femme qui court), Gérard de Cortanze, très en verve, se penche sur le destin de Tina Modotti, star du cinéma muet, photographe, femme d’une immense beauté qui va épouser la cause politique et connaître une vie d’errance. C’est romancé, certes, mais remarquablement documenté, comme toujours.

Dans un genre radicalement différent (et un peu plus tard aussi), les fans du Schmoll pourront se ruer sur Le dictionnaire de ma vie, d’Eddy Mitchell. C’est à son fils qu’il s’adresse dans ses pages où il jette un coup d’œil dans le rétro. En soixante ans de chanson, il en a des choses à dire, l’ami Eddy.

Chez Flammarion, Yasmina Reza signe Anne-Marie la Beauté (qui sera adapté au théâtre). Soit l’histoire d’une comédienne qui sait qu’elle n’a pas "le physique pour". Son amie Giselle, en revanche, l’a. Alors, quand Giselle meurt, Anne-Marie se souvient et raconte : les débuts, les chambres de bonne, les espoirs, les premières, les lumières et la solitude. Un très beau texte qui dit merveilleusement ce métier tour à tour ingrat et grisant.

Plus tard dans le mois et chez le même éditeur, Diane Ducret publiera La dictatrice. Après avoir étudié de près dans ses livres les… femmes des dictateurs (gros succès de librairie), elle met en scène dans un roman la blonde Aurore Henri. C’est son ascension fulgurante dans les hautes sphères du pouvoir, dans une Europe en crise et de plus en plus repliée sur elle-même qu’elle imagine ici. Comme on dit : toute ressemblance…